C’était lors d’entretiens entre le président Mohammed Khatami et l’ambassadeur du Kenya il y a quelques années, raconte Mohammed Ali Abtahi dans un billet publié sur son weblog, sorte de journal intime, ouvert il y a quelques jours.
« Pendant la rencontre, alors que journalistes et photographes quittaient la salle, je me suis rendu compte qu’un gros cafard avait échappé à la désinsectisation », ajoute M. Abtahi, un proche de M. Khatami. Le président et son hôte, « heureusement, ne l’avaient pas vu ». « Tout à coup, le cafard est monté sur ma chaussure, puis dans mon pantalon », relate ce hodjatoleslam, rang inférieur à l’ayatollah, un peu rond, barbu et toujours souriant. « J’ai immédiatement stoppé le cafard à hauteur du genou et je l’ai maintenu entre mes doigts à travers le tissu pendant toute la rencontre, poursuit-il. C’était un moment difficile à passer, mais c’était sans doute une forme de sacrifice de ma part. »
Celui qui s’est ainsi dévoué à la cause diplomatique de la République islamique ne s’attarde pas sur ce que se sont dit le président et le représentant de deux pays dont les relations ne sont pourtant pas simples. Son site http://www.webnevesht.com est bien davantage consacré aux souvenirs personnels et aux photos volées prises par M. Abtahi, telles celles de l’ancien président géorgien Edouard Chevardnadzé.
On peut voir aussi en simples pantalon et chemise, tête nue à Venise, au Liban ou en Inde, M. Abtahi qui ne quitte pas en Iran son turban noir et le aba (la tunique). « J’ai voulu être moi-même sur mon weblog, être gris et non pas noir et blanc », explique ce réformateur de 44 ans, habitué des voyages officiels ou personnels, ancien résident au Liban où il a côtoyé plusieurs années chiites mais aussi chrétiens. « Je passe environ deux heures par jour devant mon ordinateur à surfer sur les différents sites, notamment d’information, ou à dialoguer en direct avec différents interlocuteurs », dit-il. Depuis son lancement, son weblog est consulté tous les jours par 8 000 visiteurs en moyenne. « Chaque jour, je rédige un petit billet et je mets sur le site une nouvelle photo. Toutes les photos ont été prises à l’insu des intéressés et j’en ai plus de 1 000 », sourit-il.
Les « intéressés », assure-t-il, n’ont pas encore réagi, au moins officiellement : « En général, ce sont les enfants des ministres ou des responsables qui consultent le site et disent à leur père que leur photo y est ».
À contrario, d’autres lui « reprochent de ne pas avoir déjà leur photo sur le weblog ».
Les critiques, elles, « viennent de toutes parts » dans un pays où les sites sont l’objet d’une stricte surveillance quand ils ne sont pas interdits. « Certains dénoncent une nouvelle tentative des mollahs pour tromper les jeunes. Récemment, un site conservateur me demandait comment un responsable pouvait avoir autant de temps à consacrer à de telles futilités. »

