Le climat transatlantique est plutôt à l’apaisement et personne ne souhaite revivre la crise dans laquelle l’Irak avait plongé l’Otan en février. Reste à savoir néanmoins si l’Alliance pourra emboîter le pas à Washington alors qu’elle n’a pas surmonté toutes ses divisions, soulignent des diplomates. La perspective d’un engagement collectif plus grand de l’Otan en Irak paraît en tous cas encore très prématurée. La priorité, comme l’a réitéré hier le secrétaire général de l’Otan George Robertson, est d’abord pour les Alliés de réussir la mission en Afghanistan. « Nous n’avons pas encore atteint le stade de discuter si un rôle élargi pour l’Otan en Irak serait approprié », a affirmé Lord Robertson.
« Cela viendra probablement l’année prochaine et je crois que cela sera examiné à l’aune de ce qu’il reste à faire en Afghanistan », a-t-il ajouté, en marge d’une réunion des chefs de la diplomatie de l’Otan qui s’est achevée hier en l’absence de la plupart des ministres.
Dans la foulée de son homologue à la Défense Donald Rumsfeld lundi, le chef de la diplomatie américaine Colin Powell n’en a pas moins commencé à baliser le terrain, en appelant jeudi directement l’Otan à réfléchir à un rôle accru dans la stabilisation de l’Irak.
« Nous pressons l’Alliance atlantique d’examiner comment elle pourrait faire plus pour soutenir la paix et la stabilité en Irak, dont chaque dirigeant (de l’Otan) a reconnu qu’elle était capitale pour nous tous », a déclaré Colin Powell à ses pairs.
C’est la première fois que l’Administration américaine évoque aussi clairement un rôle pour l’Otan dans l’après-guerre en Irak, même si aucune discussion détaillée n’a eu lieu sur la manière dont cela pourrait se faire. Parmi les idées, qui circulent figurent la possibilité que l’Otan prenne l’an prochain le commandement de la division multinationale dirigée par la Pologne dans le sud de l’Irak. L’appel américain n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. La plupart des Alliés participent déjà à la coalition dirigée par les États-Unis en Irak et veulent eux aussi un engagement plus direct de l’Otan. La Pologne, l’Espagne, l’Italie, ainsi que le Danemark et les Pays-Bas, l’ont fait savoir lors des réunions ministérielles de cette semaine, indiquent des diplomates.
La question de l’Irak avait plongé l’Alliance dans l’une de ses plus graves crises en février, un mois avant le déclenchement de la guerre, en raison de l’opposition de quatre pays (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg).
Depuis lors, l’Otan est restée à l’écart des opérations militaires et se limite à son aide logistique à la Pologne.

