M. Chirac avait déclaré, à propos de l’avocate Radia Nasraoui en grève de la faim à Tunis, que « le premier des droits de l’homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat ». « De ce point de vue, a-t-il ajouté, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays ».
M. Bernard, qui y voit « un double langage de la part du président de la République française, une duplicité », rappelle que « la position de la France aux Nations unies c’est l’indivisibilité des droits de l’homme ».
En s’exprimant de la sorte, « la France fait un chèque en blanc à un régime dont il est absolument connu et avéré qu’il pratique des violations systématiques des droits civils et politiques ». « Le plus grand perdant de cette posture française est le peuple tunisien », estime encore M. Bernard.
Me Nasraoui, interrogée à Tunis par la radio publique France-Info, a accusé M. Chirac de « minimiser les violations des droits de l’homme en Tunisie », ce qui « choque tout le monde ». « Il faudrait, avant de faire des déclarations pareilles, vérifier un peu (ses informations) », a-t-elle souligné. « Le président Chirac refuse aux Tunisiens le droit de s’exprimer, le droit de s’organiser, le droit de manifester et d’accéder à une presse libre en justifiant cela par le fait que les Tunisiens ont le droit de manger, de se soigner et de s’éduquer », dénonce le délégué général de l’Association des Tunisiens de France, Mohammed-Lakhdar Ellala. « C’est une sorte de ségrégation », estime-t-il.
« C’est un pays qui est parmi la vingtaine de pays au monde où il y a le moins de liberté de la presse », a affirmé pour sa part le secrétaire général de l’organisation Reporters sans frontières, Robert Ménard. « On peut comprendre que Jacques Chirac se rende en Tunisie, a affirmé M. Ménard. De là à ajouter des commentaires élogieux sur la politique de M. Ben Ali, ça, c’est inexcusable. »

