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Hommage Lucien Dahdah, le politique


À lire les trois derniers numéros de L’Orient-Le Jour, surtout le dernier en date, on ne retient que le Dahdah « cosinius », « cuisinius », « président de la gastronomie ».
Personne de ceux qui l’ont connu, aimé et estimé n’a eu l’honnête idée de parler du docteur en économie, de l’expert aux Nations unies en 1957, du professeur à l’AUB, du directeur au ministère de la Reconstruction, avant d’être ministre des Affaires étrangères dans un éphémère cabinet, et j’en passe ; je retiendrai toutefois le petit mot tendre et doux de sa fille Danny.
J’en parle en connaissance de cause ; Lucien Dahdah a vraiment donné toute sa mesure dans ce cabinet de militaires, si éphémère fût-il ; en deux mois et sous son impulsion délicate et courtoise, 136 dossiers en souffrance dans les tiroirs des ministres précédents (certains depuis plus d’un an tous en règle, mais pour cause) ont été réétudiés et signés par tous les ministres.
Sans en avoir l’air et sous un sourire courtois et engageant, il avait le don de plaider une cause et de convaincre son partenaire ; au cours d’un Conseil de ministres, le président du Conseil eut une altercation, très courtoise, avec un ministre à qui il demandait de signer un dossier non en règle avec les lois en vigueur ; le ton s’envenima petit à petit et devenait virulent ; Lucien Dahdah profitant d’un répit de quelques secondes s’exclama avec un sourire très perspicace, mais ferme et bienveillant : « ...Monsieur le président, l’heure du café a sonné ; je propose une petite pause avant qu’il ne refroidisse ».
Une demi-heure après, le Conseil des ministres reprit ; l’affaire fut oubliée ; cheikh Lucien eut un aparté avec les intéressés et l’affaire fut classée. L’officier-ministre n’en demandait pas plus.
J’ajouterai pour terminer : M. Couve de Murville, ancien président du Conseil français que j’avais connu comme conférencier à l’École supérieure de guerre en 1968, m’a confié en 1977 au moment où j’accompagnais neuf élèves-officiers, blessés lors des événements malheureux du pays et pris en charge par la France : « ... J’ai connu M. Dahdah aux Nations unies en 1957 et nous avons dîné ensemble ; il avait de la classe, beau causeur et comprenait parfaitement la politique du Liban, avait le sens de la politique internationale ; il était plus politicien que politicard et l’avenir devrait lui sourire. » Il devait être dans la trentaine.
Cheikh Lucien Dahdah, dormez dans la paix du Divin Créateur ; Socrate, condamné à boire la ciguë par le parlement d’Athènes et voyant ses disciples le pleurer, leur dit :
« On ne pleure pas un homme, on pleure une patrie ingrate et corrompue ».

Brigadier François GENADRY
Ancien ministre
À lire les trois derniers numéros de L’Orient-Le Jour, surtout le dernier en date, on ne retient que le Dahdah « cosinius », « cuisinius », « président de la gastronomie ».Personne de ceux qui l’ont connu, aimé et estimé n’a eu l’honnête idée de parler du docteur en économie, de l’expert aux Nations unies en 1957, du professeur à l’AUB, du directeur au ministère de la Reconstruction, avant d’être ministre des Affaires étrangères dans un éphémère cabinet, et j’en passe ; je retiendrai toutefois le petit mot tendre et doux de sa fille Danny.J’en parle en connaissance de cause ; Lucien Dahdah a vraiment donné toute sa mesure dans ce cabinet de militaires, si éphémère fût-il ; en deux mois et sous son impulsion délicate et courtoise, 136 dossiers en souffrance dans les tiroirs des ministres...