Après de multiples offensives, échouant même il y a trois ans dans la tentative de créer une Ligue professionnelle indépendante rassemblant les meilleures équipes du Vieux Continent, le G 14, réuni en début de semaine à Lyon, réclame cette fois que « les clubs soient inclus dans le système de redistribution des indemnités accordées pour les joueurs retenus en sélection nationale ».
Le G 14 est pour l’instant un simple groupement d’intérêts, aspirant à devenir depuis plusieurs années un véritable interlocuteur des instances qui se sont toujours refusées à lui accorder le moindre strapontin.
Approche commune
« C’est une question de principe avant d’être un problème d’argent. Mais, une fois que le principe sera admis, nous discuterons des sommes », a réaffirmé à Lyon le Suisse Thomas Kurth, manageur général du G 14.
Le porte-parole du G 14, Karl-Heinz Rummenigge, également président du Bayern Munich, est, quant à lui, beaucoup moins diplomate. « Nous voulons une compensation de 5 000 euros par jour et par joueur, soit environ 70 à 80 millions d’euros », précise Rummenigge. « Cette somme, selon le G 14, serait alors répartie au prorata entre les clubs qui mettent des internationaux à disposition de leur sélection nationale pour une Coupe du monde alors qu’ils continuent de leur payer leur salaire. »
Oubliant leurs vieilles querelles, le Suisse Joseph Blatter, président de la Fifa et le Suédois Lennart Johanson, président de l’UEFA, ont convenu « d’une approche commune de ce problème ». Officiellement, le G 14 n’est pas reconnu, la Fifa traitant uniquement avec les fédérations nationales dont elle entend renforcer le pouvoir alors que l’UEFA à pour interlocuteur le Forum des clubs européens, regroupant 102 clubs, dont le président n’est autre que... Karl-Heinz Rummenigge.
En fait, souligne-t-on de sources proches du dossier, le modèle du football est aujourd’hui basé sur un système d’auto-enrichissement croisé entre le football des équipes nationales et celui des compétitions de clubs. En clair, précise-t-on de même source, le champion de France Lyon, membre actif du G 14, voudrait en même temps percevoir une substantielle indemnité pour la mise à la disposition du Brésil du défenseur Edmilson pour le Mondial 2002, lequel a doublé de valeur sur le marché des transferts à la fin de cette compétition grâce au titre mondial décroché au Japon.
Le plus rentable
Ainsi, en poussant le raisonnement du G 14 à l’extrême, UEFA et Fifa pourraient à leur tour demander à percevoir une indemnité sur les plus-values réalisées par les clubs sur la valeur des joueurs par le biais des compétitions organisées par ces deux fédérations.
Ce n’est pas un hasard si cette offensive du G 14 intervient à sept mois de l’Euro portugais, mais surtout à deux ans et demi du mondial allemand qui s’annonce déjà comme le plus rentable de l’histoire de cette compétition. Or, comme ces clubs enregistrent une baisse sensible des entrées des droits TV, cette manne en devenir ne pouvait les laisser indifférents.
À l’image de Thomas Kurth, un homme de dialogue qui se déclare « prêt à discuter », l’UEFA a fait un premier geste le 10 novembre dernier en recevant le G 14 à Zurich. Des experts de l’UEFA ont été chargés d’une étude globale sur le système de redistribution des recettes. Le résultat sera connu au printemps prochain, à la veille de l’Euro, et les conclusions présentées notamment au Forum européen des clubs.
Car, échaudés par l’arrêt Bosman qui a révolutionné le monde du football, Fifa et UEFA, qui sortent déjà d’une longue période de négociation avec Bruxelles, n’entendent pas voir ce dossier finir sur le bureau des commissaires européens.

