Dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, Ziad Abdel-Samad, rédacteur principal du rapport, a donné des précisions à ce sujet.
« Comme le document est un rapport national auquel ont participé tous les organismes de l’État et les agences onusiennes, il fallait prendre uniquement en considération les chiffres disponibles auprès des ministères, la direction générale des statistiques et diverses agences onusiennes opérationnelles au Liban », indique-t-il. Les données chiffrées des centres de recherches spécialisés mais privés, parfois plus récentes et plus précises, n’ont pas pu être utilisées.
« Malgré tout, nous sommes parvenus grâce à la collecte de toutes les données disponibles de 1995 à 2002 à dresser un état des lieux de la situation », relève M. Abdel-Samad, soulignant que des comparaisons avec le début des années quatre-vingt-dix n’ont pas pu néanmoins être faites, tout simplement parce que les chiffres n’existent pas, des études n’ayant pas été effectuées durant la guerre.
Se penchant sur la manière de mesurer les indices, notamment ceux relatifs à la pauvreté, la mortalité infantile, la santé maternelle et l’éducation, le rédacteur principal du rapport indique que plusieurs discussions ont été tenues afin de parvenir à une décision. « En fait, les indices, exigés pour l’uniformité des rapports nationaux dans le monde entier, sont surtout adaptés aux pays les moins développés et non aux pays en développement comme c’est le cas du Liban », note-t-il. « Nous avons fini par adopter les indices conformes aux recommandations internationales, mais ceci risquait de dresser une image erronée, trop rose du pays », relève-t-il, donnant l’exemple de l’indice « moins d’un dollar par jour » pour mesurer la pauvreté. « Le dollar dans les pays africains n’a pas la même valeur qu’au Liban. Pour mesurer la pauvreté dans notre pays, si l’on veut parvenir à un indice conforme aux normes internationales, il faudrait adopter la valeur de 1,3 dollars », indique-t-il.
N’empêche que pour ne pas tomber dans l’excès d’optimisme et afin de dresser un tableau très proche de la réalité, parfois bien sombre, plusieurs indices ont été pris en considération. Pour mesurer la pauvreté par exemple, c’est une étude de 1995 qui a été utilisée, d’autres indices ont été ajoutés, comme la mesure du niveau de bien-être ou encore le taux de calories consommées par jour. Ces données étaient disponibles dans diverses études, mais n’ont jamais été commentées dans un même document.
D’autre part, c’est le facteur qualitatif et non seulement quantitatif qui a été traité, et ce pour mettre en évidence les lacunes à combler dans des domaines où le pays est considéré comme étant assez développé par rapport à ses voisins. « C’est le cas par exemple de l’éducation. L’on sait que plus de 95,3 % des enfants libanais ont achevé leur scolarité primaire mais uniquement 65 % d’entre eux ont acquis et assimilé les cours enseignés », relève le rédacteur principal du rapport.
Un troisième facteur, et non des moindres, a été également mis en évidence : la disparité entre les régions, très prononcée entre Beyrouth et le Mont-Liban (sans leurs bidonvilles) d’une part et les zones périphériques (Hermel, Liban-Sud et Akkar) de l’autre, et ce dans divers domaines.
Se penchant sur le dernier chapitre de l’étude, M. Abdel-Samad indique en souriant que le texte a pris bien du temps pour être rédigé. Ce chapitre qui ne doit pas poser problème au premier abord traite du partenariat pour le développement entre le Nord et le Sud. C’est ici que l’on dresse l’état des lieux de la situation économique du pays, la dette accumulée, Paris II, l’adhésion à l’OMC et à la zone Euromed par exemple. « Pour la rédaction de ce chapitre, les avis sont partagés ; fallait-il adopter la tendance néolibérale qui prône la privatisation, l’encouragement du commerce à tout prix ou fallait-il miser sur les priorités socio-économiques ? » relève M. Abdel-Samad. Il a fallu attendre pour parvenir à un compromis. « C’est simple, malgré la forte tendance néolibérale qui prévalait, nous ne pouvions pas dire que le pays se porte très bien, car nous avons encore besoin de l’aide de la communauté internationale », ajoute-t-il.
Le rédacteur principal du rapport donne en conclusion son opinion personnelle. « Même si certains estiment que les chiffres ne sont pas alarmants, le Liban est en train de régresser. Et si quelques-uns prétendent que le pays est stable depuis quelques années, il faut souligner que le monde entier est en train d’avancer », dit-il.
Pour M. Abdel-Samad, « il faut faire face aux diverses échéances économiques, et relever également les défis sociaux ». La tâche est loin d’être aisée. « Une stratégie devrait être adoptée sans délai », indique-t-il. Mais tout le monde sait que pour la mise en place d’un plan global pour le développement national, il faut avant tout une volonté politique…

