Les sujets délicats ne manquent pas : l’accélération du transfert du pouvoir aux Irakiens, annoncée la semaine dernière par M. Bush puis approuvée par Londres, ainsi que le règlement du conflit israélo-palestinien, sur lequel les deux pays ont en coulisses des divergences.
Le Premier ministre britannique Tony Blair s’emploiera sans doute à réexpliquer à son allié que son engagement en faveur d’une politique de défense européenne ne menace pas l’Otan. Il devrait également évoquer le sort des Britanniques détenus sur la base de Guantanamo.
Une annonce pourrait aussi être faite sur un prochain règlement de la controverse sur les surtaxes imposées par les États-Unis aux importations d’acier, selon de hauts responsables britanniques cités par The Independent. Dossier sur lequel Tony Blair a affiché hier sa fermeté devant les patrons de l’industrie britannique : « Les règles de l’OMC ont été enfreintes. Il est important que l’Amérique réponde à cela et nous attendons qu’elle y réponde de manière appropriée. »
Pendant sa visite, George W. Bush passera le plus clair de son temps à l’intérieur du palais de Buckingham et derrière la porte du 10 Downing Street. Il quittera la capitale vendredi pour accompagner Tony Blair dans son fief électoral de Sedgefield (nord-ouest de l’Angleterre).
Reste que des dizaines de milliers de manifestants guetteront chacun de ses mouvements et comptent faire entendre leurs voix à chaque jour de la longue visite du président américain, cristallisant ainsi le mécontentement suscité par la guerre et l’après-guerre en Irak.
Dans des entretiens à la presse britannique, M. Bush a pourtant adopté un ton ouvert, soulignant qu’il comprenait les manifestations contre la guerre et admirait la liberté d’expression.
Pour Andrew Raunsley, biographe de Tony Blair et éditorialiste politique de The Observer, les stratèges américains n’ont pas caché les avantages du tapis rouge déployé par Buckingham Palace. « Ils veulent présenter leur candidat comme quelqu’un qui a voyagé à l’étranger où il est apprécié, et non pas comme le bandit armé maladroit qui a isolé l’Amérique, présenté par ses adversaires aux États-Unis », souligne-t-il.
Si Tony Blair affirme que le moment est parfaitement choisi pour la visite, analystes et personnalités britanniques restent dubitatifs. Après des mois d’activités centrées sur les questions diplomatiques, de contestation sur la guerre puis de soupçons de manipulation, Tony Blair, malmené dans les sondages, commençait tout juste à se recentrer sur sa politique intérieure, passage obligé pour regagner la confiance des électeurs.

