Rechercher
Rechercher

Actualités

CONCERT - À Balamand Un trio de musiciens provoque émotion et mélancolie

Présenté vendredi par le Kulturzentrum à l’amphithéâtre de l’Université de Balamand et hier à l’Assembly hall de l’AUB, un trio de jeunes musiciens venus en droite ligne d’Allemagne. Soirée magique, où la musique avait tous les pouvoirs de séduction et d’envoûtement. Sous les feux de la rampe, au piano, Fumiko Shigara, qu’on a déjà applaudie en 1993. Robe gris perle argentée et décolletée, des mains aux doigts agiles sur un clavier habité brusquement de féerie. Un violon de l’année 1600 appelé « de Beriot » niché au creux des épaules, des cheveux longs jusqu’à la nuque tel un héros romantique, de la grâce et du talent, Peter Clemente, membre d’orchestres de jeunes sous la conduite de Claudio Abado, a littéralement gardé l’audience sous la coupe d’un jeu hypnotique. Souffle marqué (un tic d’aspiration de la bouche en pinçant les cordes), costume sombre avec une cravate jaune soleil, la frange rongeant jusqu’aux yeux, Nikolaus Trieb, premier violoncelle soliste de l’Orchestre symphonique de Düsseldorf et chargé de cours au conservatoire Robert Schumann, a donné la pleine mesure d’un art consommé fait de maîtrise et de sensibilté. Au menu, compact, alliant émotion, mélancolie et riches sonorités d’une grande diversité, faisant fusionner à vannes ouvertes les eaux de l’Elbe et de la Vltava, des pages de Dvorak et Brahms.
Ouverture en duo piano et violon avec La sonatine en sol majeur d’Anton Dvorak. Quatre mouvements donnant à la musique de chambre des éclats presque passionnés, enserrés dans un écrin velouté de mélodies d’une subtile délicatesse. Premières phrases véhémentes sur fond d’un tempérament de feu avec un violon aux plaintes déchirantes et affirmées. Violon qui se transforme, au gré de la narration, comme un tour de prestidigitation, de chant de rossignol en murmure du vent, d’une autorité martiale à une insoutenable langueur. Toutes les couleurs tchèques, pastel et vives, se groupent dans cette partition aux mille facettes.
Avec Johannes Brahms éclate tout le génie allemand dans cette Sonate en mi mineur op 38 pour piano et violoncelle, où ce dernier instrument atteint de merveilleuses profondeurs comme une mer qui livre ses secrets à mille lieues de sa surface lisse et impassible. Poésie ardente et grave avec ces trois mouvements portés par des allegri différemment nuancés. Agitation non retenue qui revient en thèmes entêtés, obsédants, où se lit en filigrane toute la tourmente intérieure du sage compagnon de Clara Schumann. Grande bataille amoureuse du violoncelliste avec l’archet pour triompher des accents émouvants qui incendient cet opus teinté d’un romantisme méditatif et souvent pudique.
Après un bref entracte, place au trio de musiciens réunis sur scène, dans une parfaite complicité, une merveilleuse synchronisation ou une remarquable indépendance pour interpréter, avec brio et sentiment, le Dumky-trio op.90 de Dvorak. Six mouvements pour dire toute la beauté de l’inspiration généreuse du compositeur de la Symphonie du Nouveau Monde. De la majesté lente à la vivacité absolue pour une conclusion en apothéose en passant par des moments d’andante rêveurs et doux comme un temps d’automne, Dvorak distille, en un savant dosage, les tonalités, avec un talent d’aquarelliste qui sait ajouter un rouge par-ci un jaune paille par-là, estomper un pan de ciel, donner de l’éclat à cette fenêtre qui s’enfonce dans le moutonnement de la verdure… Couleurs, rythmes, quelques accords brusquement hispanisants, de surprenants pizzicati du violon qui terminent des narrations emportées, voilà la musique aux confins d’un pays où l’on n’arrive jamais… Superbe prestation de trois interprètes au-dessus de tout éloge et qui gardent, ensemble et chacun séparement, une remarquable qualité de son. Une soirée musicale qu’on salue chaleureusement tout en relevant les applaudissements inappropriés et trop zélés de l’auditoire (ignorant sans nul doute le « calme » de la musique de chambre) entre deux mouvements. En prime aussi, un gosse à peine sorti des langes qui babillait, sous le regard attendri de sa mère), en dernière rangée. En bis, un second mouvement d’un lyrisme contenu d’une sonate de Bartholdy-Mendelssohn où, limpide et ondulante, s’avance une mélodie tout en légèreté et élégance.

Edgar DAVIDIAN
Présenté vendredi par le Kulturzentrum à l’amphithéâtre de l’Université de Balamand et hier à l’Assembly hall de l’AUB, un trio de jeunes musiciens venus en droite ligne d’Allemagne. Soirée magique, où la musique avait tous les pouvoirs de séduction et d’envoûtement. Sous les feux de la rampe, au piano, Fumiko Shigara, qu’on a déjà applaudie en 1993. Robe gris perle argentée et décolletée, des mains aux doigts agiles sur un clavier habité brusquement de féerie. Un violon de l’année 1600 appelé « de Beriot » niché au creux des épaules, des cheveux longs jusqu’à la nuque tel un héros romantique, de la grâce et du talent, Peter Clemente, membre d’orchestres de jeunes sous la conduite de Claudio Abado, a littéralement gardé l’audience sous la coupe d’un jeu hypnotique. Souffle marqué (un...