À 27 ans, ce chanteur à la silhouette fine, au sourire en coin, à l’humour à fleur de situations, imprégné sans nul doute de Leonard Cohen, Léo Ferré et Bashung, défend, avec un sens raffiné, presque sophistiqué, de la poésie, la chanson française à texte. Une chanson à la fois grave et libertine. Un texte corsé et faussement léger. Un romantisme moderne où flottent comme un halo lumineux autour de ce récital des ambiguïtés multiples et toutes les stridences d’un siècle emporté par l’ouragan de la vitesse et de l’urgence. Un ton acidulé, des mots affûtés comme la pointe d’un dard mais aussi un bouquet odoriférant de souvenirs radieux ou mélancoliques. Bonjour tristesse et spleen avec ce trouvère des temps modernes aux inflexions de voix étranges et qui a l’audace des modulations les plus aiguës, les plus pointues. Un lyrisme très « in » (où l’anglais vient s’installer parfois en familier guest star) gorgé d’une émotion contenue, ne bousculant jamais les règles de la bienséance et de l’élégance, avec un parfum capiteux de douce irrévérence et de délicate ironie.
Rythmes forts, appuyés ou à peine suggérés, accords solitaires ou riches, la musique de Varlet est de celles qu’on écoute en donnant la priorité aux mots qui éveillent un monde d’images, non seulement sonores, mais des images où le monde est refait par un poète rêvant d’amour, d’évasion, de fuite, de bonheur, de voyages, de pays ensoleillés ou habités par la brume… Sur une phrase de guitare, avec quelques rimes tirées du fond de l’océan ou de l’azur, Alexandre Varlet tente de parler au cœur en traversant le miroir tranchant des sens. Une nouvelle version de la chanson française avec un artiste qui ne dédaigne guère, malgré ses allures blasées et nonchalantes, la quête du bonheur. En notes noires, bémols, coda et beaucoup de silence, on l’écoute et on s’interroge…
Edgar DAVIDIAN

