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Suicide : garder les yeux ouverts et combattre les mentalités défaitistes

La notion du suicide n’est pas innée, elle s’apprend. C’est ce que Brian Mishara, spécialiste venu du Québec, a constaté en observant de plus près les mécanismes qui peuvent pousser un enfant au suicide. « Pour les très jeunes enfants, la mort n’est pas irréversible, c’est comme dans les dessins animés, explique-t-il. Pour eux, les morts ont les caractéristiques des êtres vivants, ils peuvent entendre, voir, etc. Mais très vite, ils apprennent que quand on est décédé, c’est pour de bon. »
Généralement, selon le spécialiste, les enfants découvrent tôt ce qu’est le suicide, soit dans des discussions avec d’autres enfants, soit dans les films. « Mais les parents n’en parlent jamais, même quand un drame a lieu dans la famille, d’où le fait que les enfants n’abordent jamais directement le sujet avec eux », poursuit-il.
À quel âge les enfants peuvent-ils commencer à être tentés par le suicide ? « Les enfants se suicident rarement, répond M. Mishara. Et s’ils menaçaient de le faire ou commençaient à s’intéresser aux moyens de se tuer, il faut les prendre au sérieux. »
Mais c’est à l’adolescence que les cas de suicide se font plus fréquents. « Les personnes suicidaires changent de comportement, dit-il, elles s’isolent, sont fascinées par les moyens de se suicider. Avant de passer à l’acte, elles font souvent leurs adieux autour d’elles. Il faut donc que leur entourage fasse attention et n’hésite pas à poser des questions qui vont droit au but et ouvrir la porte à la discussion. Il est important aussi de consulter un spécialiste qui puisse diagnostiquer le cas et prescrire un traitement au besoin. »
Y a-t-il des personnes suicidaires par nature ou est-ce un risque que court tout un chacun ? M. Mishara apporte une réponse négative à cette question. « Il y a certaines personnes qui ont plus d’impulsivité que d’autres, constate-t-il simplement. Les recherches génétiques étudient généralement les gênes liés à l’impulsivité, qui pourraient pousser une personne à passer à l’acte plus facilement qu’une autre au cas où elle serait suicidaire. Le suicide touche tout le monde, mais les personnes vulnérables courent plus de risques, notamment celles qui souffrent de troubles mentaux. »
Dans le cas des personnes âgées, le problème se pose autrement. Celles-ci peuvent être délaissées, mais ce n’est pas le seul facteur qui pourrait les pousser au suicide. « Souvent, les personnes âgées souffrent de dépression, alors que les membres de leur entourage prennent cela pour une attitude normale à cet âge, dénonce-t-il. On accepte l’idée de la dépression au lieu de chercher de l’aide. Or il faut savoir que les aînés répondent mieux aux traitements des troubles mentaux que les jeunes, parce qu’ils ont déjà développé les mécanismes d’adaptation qui peuvent les sortir d’affaire. »
Comment concevoir une stratégie de prévention nationale pour des problèmes souvent si intimes et personnels, entraînant des cas de suicide ? « Il faut une série d’interventions parallèles pour faire face à un tel problème, précise-t-il. Une stratégie nationale comprend un meilleur enseignement aux enfants et aux jeunes sur les sources d’aide, d’identification des problèmes, et sur les moyens d’assister des personnes en difficulté. Elle inclut aussi un meilleur dépistage des personnes à risque par les médecins généralistes. En effet, très souvent, les personnes suicidaires consultent un généraliste dans les semaines qui précèdent leur tentative et celui-ci ne se rend pas compte de l’ampleur du danger. »
Une autre mesure cruciale à prendre en compte dans une telle stratégie : le suivi des personnes ayant déjà essayé de mettre fin à leurs jours. « Dans plusieurs pays, au Liban probablement, au Canada aussi, les suicidaires quittent l’hôpital deux ou trois jours après leur tentative, sans qu’un suivi sérieux ne soit effectué », explique M. Mishara.
Enfin, il y a la possibilité de mener des campagnes nationales dans l’objectif de modifier les mentalités défaitistes, selon lesquelles il n’y a souvent rien à faire, que certains se tuent parce qu’ils sont ainsi faits....
« Il faut pousser les gens à chercher de l’aide quand il y a un problème, surtout en ce qui concerne les hommes qui sont attachés à un idéal de force les empêchant souvent de se confier », conclut-il.
La notion du suicide n’est pas innée, elle s’apprend. C’est ce que Brian Mishara, spécialiste venu du Québec, a constaté en observant de plus près les mécanismes qui peuvent pousser un enfant au suicide. « Pour les très jeunes enfants, la mort n’est pas irréversible, c’est comme dans les dessins animés, explique-t-il. Pour eux, les morts ont les caractéristiques des êtres vivants, ils peuvent entendre, voir, etc. Mais très vite, ils apprennent que quand on est décédé, c’est pour de bon. »Généralement, selon le spécialiste, les enfants découvrent tôt ce qu’est le suicide, soit dans des discussions avec d’autres enfants, soit dans les films. « Mais les parents n’en parlent jamais, même quand un drame a lieu dans la famille, d’où le fait que les enfants n’abordent jamais directement le sujet...