Les centaines de manifestants qui s’étaient donné rendez-vous au centre de la capitale au moment où se tenait, tout près, une conférence sur les droits de l’homme ont été dispersées à coups de matraques par la brigade antiémeutes. « Si le sit-in pacifique auquel nous avions appelé n’avait pas été sauvagement réprimé, des dizaines de milliers de personnes y auraient participé », assurait hier le porte-parole du Mouvement islamique pour la réforme en Arabie (Mira), Saad al-Faqih. « Nous voulions protester contre l’arrestation de réformistes qui se réclament de notre mouvement et dénoncer la corruption financière et administrative, la pauvreté, le chômage, l’injustice, la criminalité et le chaos qui règne dans le royaume », explique M. Faqih. Sa radio, la Voix d’al-Islah, émettant depuis Londres, a retransmis en direct l’intervention musclée de la brigade antiémeutes. Plusieurs manifestants se sont relayés à l’antenne pour dénoncer « la violence outrancière employée par les forces de l’ordre, y compris contre les femmes et les enfants ».
Selon le ministre de l’Intérieur Nayef ben Abdel Aziz, « les forces de l’ordre ont arrêté 154 personnes dont le rassemblement a gêné les passants dans un quartier commerçant » de la capitale. Parmi les arrêtés, figurent trois femmes, selon le journal Okaz. Les autorités du royaume – où seul est autorisé le rassemblement annuel qui réunit plus de deux millions de pèlerins musulmans à La Mecque – ont toujours averti qu’elles ne tolèrent pas la tenue de manifestations. Même les manifestations propalestiniennes avaient été interdites au lendemain d’un rassemblement, en avril 2002 à Ryad, au cours duquel des drapeaux israélien et américain avaient été brûlés pour protester contre l’offensive israélienne en Cisjordanie.
Le grand mufti d’Arabie saoudite, cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, cité hier par le journal al-Jazira, l’a rappelé juste après le sit-in. « Les manifestations sont des comportements propres aux non-musulmans », a déclaré le président du Conseil des grands oulémas d’Arabie, la plus haute autorité religieuse. « Les revendications se font par les moyens adéquats », a ajouté cheikh al-Cheikh, en appelant ses concitoyens à obéir à leurs dirigeants.
Le rassemblement de mardi à Ryad intervient au lendemain de l’annonce par le royaume de sa décision d’organiser des élections politiques pour la première fois de son histoire. Cette décision a été saluée par les États-Unis qui pressent l’Arabie de réformer son système politique. Mais pour M. Faqih, « ces élections ne signifient rien tant qu’il n’y a pas de liberté d’expression et de rassemblement. C’est la montagne qui accouche d’une souris ». Selon lui, « la répression sauvage de mardi prouve une fois de plus que les déclarations du régime saoudien sur les réformes sont de purs mensonges. C’est un démenti flagrant à la conférence sur les droits de l’homme » qui se tenait en même temps à Ryad. « Les Saoudiens ont compris mardi que le régime ne connaît que le langage de la violence », estime M. Faqih en soulignant toutefois que son mouvement « va poursuivre ses appels à des manifestations pacifiques »

