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Afghanistan La guerre de retour à Balkh, 800 ans après Gengis Khan

Autrefois célébrée comme la « mère de toutes les cités », visitée par Alexandre le Grand et ravagée par Gengis Khan, la ville de Balkh, ou ce qu’il en reste, est aujourd’hui la ligne de front qui sépare deux des grands seigneurs de la guerre du nord de l’Afghanistan.
Près de huit cents ans plus tard, les forteresses de terre séchée continuent de parsemer la plaine comme du temps des hordes mongoles du grand Khan, mais leurs gardiens brandissent désormais des kalachnikovs et des lance-grenades. Combattants ouzbeks et tadjiks se regardent en chiens de faïence par-delà les quelques centaines de mètres de buissons de coton et de cannabis où paissent de tranquilles chameaux.
Les derniers combats ont éclaté mercredi entre les Ouzbeks du ministre de la Défense, le général Rashid Dostom, et les Tadjiks du général Mohammed Atta, à la suite d’un enlèvement présumé de deux commandants du Jumbesh, la faction de Dostom, par des hommes du Jamiat, celle de Atta. Les affrontements, réguliers entre les deux factions depuis la chute du régime fondamentaliste des talibans il y a deux ans, ont fait plusieurs dizaines de tués et de blessés, selon les informations des deux camps.
Entre Shibargan, capitale de la province de Jawzjan et fief de Dostom, et Mazar-i-Sharif, la grande ville du Nord que se disputent les deux factions, une ligne de front s’est imposée à Balkh, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Mazar-i-Sharif. Les deux chefs de guerre sont toutefois convenus d’un cessez-le-feu en fin de semaine et ont retiré le gros de leurs troupes dans le district de Balkh après une intervention du ministre de l’Intérieur Ali Ahmad Jalali.
« C’est pas à nous de décider, on est juste des soldats », explique Wali Mohammed, commandant de la 70e division du Jumbesh, à Charbolak, à l’ouest de Balkh. « Si Dostom nous dit de nous battre, on se bat », explique-t-il dans son « quartier général », une bâtisse d’un étage passée à la chaux, dans laquelle trônent deux portraits : celui du président afghan Hamid Karzaï et celui de son chef Rashid Dostom. « Atta veut prendre le contrôle de Mazar et Dostom aussi. Ce sont deux vieux ennemis », explique Mohammed, 23 ans, dont le père se bat dans les rangs du Jamiat. « D’après moi, ils devraient tous les deux quitter Mazar où la sécurité devrait être assurée par le gouverneur (de la province de Balkh) et par le président Karzaï », ajoute-t-il.
Un millier de miliciens du Jumbesh ont quitté la base pour se replier sur Shibargan, le fief de Dostom, 100 km à l’ouest. Une vingtaine d’hommes sont restés, armés de kalachnikovs et de lance-grenades. À l’entrée de la base, deux vieux canons semblent faire surtout office de décoration. À quelques kilomètres de là, à l’est sur la route de Mazar, d’autres miliciens identiques tiennent la « forteresse de la 1re division ». Ceux-là sont du Jamiat.
Plus près de Mazar-i-Sharif, un poste de police est tenu par des miliciens du Jamiat, accompagnés d’un groupe de jeunes miliciens en turban et d’une camionnette débordant d’armes. Des « indépendants », dont la filiation est très souple à l’égard d’une faction ou d’une autre. « C’est à cause de ces soldats qu’il n’y a pas de sécurité », affirme à son quartier général du 7e corps d’armée, à Mazar-i-Sharif, le général Abdul Sabor, l’adjoint de Mohammed Atta dans la zone, en omettant que les Nations unies ont clairement désigné le Jamiat et le Jumbesh comme les responsables des combats. « Environ 70 % de ces soldats ne sont pas enregistrés au ministère de la Défense, ils appartiennent à divers commandants », explique-t-il. « Le ministère de la Défense veut une armée afghane de 70 000 hommes, nous les avons ici, dans les cinq provinces du Nord. Mais ils seront difficiles à désarmer », affirme le général.
Autrefois célébrée comme la « mère de toutes les cités », visitée par Alexandre le Grand et ravagée par Gengis Khan, la ville de Balkh, ou ce qu’il en reste, est aujourd’hui la ligne de front qui sépare deux des grands seigneurs de la guerre du nord de l’Afghanistan.Près de huit cents ans plus tard, les forteresses de terre séchée continuent de parsemer la plaine comme du temps des hordes mongoles du grand Khan, mais leurs gardiens brandissent désormais des kalachnikovs et des lance-grenades. Combattants ouzbeks et tadjiks se regardent en chiens de faïence par-delà les quelques centaines de mètres de buissons de coton et de cannabis où paissent de tranquilles chameaux.Les derniers combats ont éclaté mercredi entre les Ouzbeks du ministre de la Défense, le général Rashid Dostom, et les Tadjiks du général...