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Comment la violence a éclaté à Baïji, où les rancœurs ont mûri

La situation a pourri tout doucement à Baïji, ville d’ex-officiers loyaux à Saddam Hussein. Le chômage est peu à peu devenu insupportable. La haine contre un chef de la police imposé par la coalition couvait. Puis des fedayin sont venus d’ailleurs. Les chefs de tribu avaient pourtant prévenu la coalition.
Et soudain, le week-end dernier, la violence a explosé. Comme si la ville (225 km au nord de Bagdad) s’était réveillée rongée par une rage intérieure attisée par des combattants de l’extérieur qui ont intérêt à semer le chaos à Baïji, où se trouve l’une des plus grandes raffineries d’Irak, selon des responsables.
Un défilé pacifique commencé samedi s’est transformé dimanche en bataille rangée entre des centaines de manifestants qui se sont opposés aux policiers d’abord, puis aux Américains.
Jets de pierre, échanges de tirs, blessés, tireurs embusqués, grenades, roquettes contre la mairie, le poste de police, les Américains. Répliques. Bilan : 13 Irakiens blessés, selon la police, et la mairie dévastée.
« La situation était calme jusqu’à présent. Nous avions négocié avec les Américains à leur arrivée et les tribus avaient réussi à contrôler la ville et les raffineries », déplore le maire Hamid al-Qaïssi.
Pourtant la situation a lentement dégénéré.
« Ici, il y a peu de familles qui n’aient pas un fils ou un mari ex-militaire, membre du parti Baas ou de la Garde républicaine. Les gens n’en peuvent plus, ils manifestent pour avoir un salaire », explique le chef de la police de la province de Salaheddine, le général Mizher Taha el-Ghanam.
Et puis, il y a cette haine contre le chef de la police locale, un certain Ismaïl al-Jabbouri, non originaire de la ville, arrivé dans les bagages des Américains au printemps.
Les habitants l’accusent depuis le début de pillage, de corruption, de népotisme et, surtout, de ne pas respecter les tribus locales puissantes dans la région. Il a été renvoyé par les forces de la coalition lundi. Trop tard.
« Nous l’avons convoqué en vain au Conseil tribal. Puis nous avons demandé la semaine dernière aux Américains de le renvoyer. Ils ne nous ont pas écoutés », déplore le chef de la plus importante tribu de Baïji, cheikh Nufous Hamad Khalaf al-Jaïzy.
Samedi, les manifestants ont demandé son départ. Le chef de la police s’en est alors pris à un chef tribal. « Il s’est jeté sur lui, lui a déchiré sa abaya (tunique), a arraché sa coiffe. Ensuite il a ordonné aux policiers de tirer sur les manifestants », affirme le cheikh.
Le lendemain, des Fedayin de Saddam, un ancien corps paramilitaire, et des jeunes originaires d’autres provinces sont apparus et se sont mêlés à la foule, selon la police et plusieurs témoins.
« Certains avaient le visage couvert, ce sont eux qui ont tiré une roquette RPG (antichar) contre la mairie », dit un épicier de 52 ans, Abdel-Karim Ahmed.
Selon le général Taha el-Ghanam, « des agitateurs ont tiré avantage de la situation. Ils se sont infiltrés dans les rangs des manifestants, ils voulaient que la police ouvre le feu pour provoquer des émeutes ».
Au moins six personnes non originaires de Baïji ont été arrêtées, selon une porte-parole de la 4e division d’infanterie.
Le nouveau chef de la police locale, le colonel Saad al-Qaïssi, reconnaît que Baïji est un lieu idéal de résistance. « Créer des émeutes à Baïji, qui alimente six provinces en pétrole, peut créer une carence énergétique importante susceptible de créer un chaos majeur dans le pays ».
La ville, qui compte plus de 100 000 habitants, est la plaque tournante du réseau de transport des hydrocarbures irakiens, et l’oléoduc reliant la raffinerie à Kirkouk (Nord) fournit l’essentiel du pétrole exporté vers le port turc de Ceyhan.
La situation a pourri tout doucement à Baïji, ville d’ex-officiers loyaux à Saddam Hussein. Le chômage est peu à peu devenu insupportable. La haine contre un chef de la police imposé par la coalition couvait. Puis des fedayin sont venus d’ailleurs. Les chefs de tribu avaient pourtant prévenu la coalition.Et soudain, le week-end dernier, la violence a explosé. Comme si la ville (225 km au nord de Bagdad) s’était réveillée rongée par une rage intérieure attisée par des combattants de l’extérieur qui ont intérêt à semer le chaos à Baïji, où se trouve l’une des plus grandes raffineries d’Irak, selon des responsables.Un défilé pacifique commencé samedi s’est transformé dimanche en bataille rangée entre des centaines de manifestants qui se sont opposés aux policiers d’abord, puis aux Américains.Jets...