Deux parmi les quelque 80 sélections nationales des cinq continents qui ont tenté – vainement les concernant – de figurer parmi les 20 équipes conviées au tournoi final. Dans ce lot, des pays dont le nom apparaît très rarement dans la chronique du ballon ovale comme la Lettonie, le Venezuela, Madagascar ou le Kazakhstan.
Une apparence d’universalité pour « le sport des dieux », mais une pure fiction.
L’audience du rugby a certes progressé depuis la première Coupe du monde en 1987 mais, pour une majorité de pronostiqueurs, les demi-finales 2003 sont déjà affichées : France-Angleterre et Australie-Nouvelle-Zélande.
Le reste n’est que gesticulation. L’élite est immuable et un gouffre la sépare du reste du monde, que l’avènement progressif du professionnalisme au cours des dix dernières années n’a fait que creuser davantage.
En Europe, l’aristocratie du rugby se résume aux protagonistes du Tournoi des six-nations (Angleterre, Écosse, France, pays de Galles, Irlande et Italie), un gotha auquel la Roumanie ne peut plus prétendre.
Dans l’hémisphère Sud, les maîtres du Tri-nations (Afrique du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande) sont escortés par l’Argentine et les îles du Pacifique, Fidji, Samoa et Tonga.
Pas assez de promotion
Encore ces dernières ont-elles bien du mal à suivre le train, privées qu’elles sont de leurs meilleurs joueurs qui délaissent le maillot national pour plaire aux clubs néo-zélandais, australiens, sud-africains, britanniques ou français dont ils sont les salariés. Le mal mine également une nation émergente comme la Namibie.
Le patron du rugby australien John O’Neil s’en est inquiété en reprochant à l’International Board (IRB), l’instance suprême du rugby international, de ne pas faire assez pour promouvoir le jeu dans le monde.
« L’IRB se doit de développer un plan bien plus net et précis avec pour ambition d’approcher l’universalité dont jouit le football », a-t-il proclamé.
Le Board n’en disconvient pas mais avoue son impuissance à lutter contre le pouvoir des clubs. « Nous ne pourrions nous ingérer dans leurs affaires que si nous avions la preuve qu’ils ont offert des primes à leurs joueurs pour les convaincre de renoncer à la sélection en équipe nationale », a expliqué Syd Miller, président en exercice de l’IRB.
« Nous voudrions qu’il y ait dix ou douze prétendants au titre mondial, ce qui n’est évidemment pas le cas pour le moment. C’est un vrai sujet de préoccupation pour nous que certaines nations ne puissent compter sur leurs meilleurs joueurs en Australie », a-t-il souligné.
« Nous devons nous assurer que ce problème sera réglé avant le Mondial 2007 en France », a-t-il promis.
En attendant, la planète rugby continuera de regarder Luxembourgeois, Norvégiens, Malgaches et autres Kazakhs avec condescendance et celles des nations hors gotha qui accèderont néanmoins au tournoi mondial final contraindront encore les préposés à la marque à se servir du chiffre des centaines.

