Passée la stupeur initiale, les experts tentaient de comprendre pourquoi le lieutenant d’Oussama Ben Laden a placé la Norvège sur un pied d’égalité avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie, alors que le royaume scandinave est le seul de ces pays à ne pas avoir pris part à la guerre en Irak.
« Peut-être faut-il chercher les raisons dans la qualité de nos relations avec les États-Unis et Israël, et parce que nous avons contribué à la campagne militaire en Afghanistan », analyse Brynjar Lia, spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut norvégien de recherche sur les questions de défense (FFI). Lors de l’opération « Liberté immuable », six F-16 norvégiens ont effectué des missions – limitées – de bombardement contre des positions tenues par les talibans et des forces spéciales dépêchées par Oslo restent aujourd’hui encore engagées dans des opérations au sol.
Henrik Thune, chercheur à l’Institut norvégien de politique étrangère (NUPI), estime lui aussi plausible que c’est son engagement en Afghanistan qui a valu à la Norvège d’être singularisée. « Nous ne savons pas ce que nos troupes spéciales font là-bas et il est possible que leurs actions aient conduit el-Qaëda à vouloir se venger », avance-t-il.
La Norvège a en outre un « profil élevé » au Moyen-Orient, depuis qu’Oslo a accueilli les premiers pourparlers de paix israélo-palestiniens il y a dix ans, ce qui accroît les risques d’en faire une cible, ajoute-t-il.
Directeur de l’Institut de recherche pour la paix d’Oslo (PRIO), Stein Toennesson opte lui pour une hypothèse plus pessimiste. « La Norvège est citée parce que el-Qaëda est au courant qu’un coup s’y prépare. Dans la campagne antioccidentale, il serait plus facile de frapper notre pays que les États-Unis où les mesures de sécurité sont drastiques », explique-t-il. Les experts suggèrent aussi que Zawahiri a pu sortir la Norvège de son chapeau tout à fait gratuitement, afin de généraliser le sentiment d’insécurité dans le monde occidental.
Reste aussi la possibilité que Zawahiri ait confondu la Norvège et le Danemark, son voisin scandinave qui, quant à lui, a participé aux opérations militaires en Irak. Pourtant, le responsable d’el-Qaëda connaît bien ces deux pays puisqu’il a été jusqu’en 1996 rédacteur d’une revue islamique publiée à Copenhague, où il a effectué plusieurs visites.

