Dans un enregistrement diffusé mercredi soir par la chaîne de télévision qatariote al-Jazira, Ayman al-Zawahiri a certes exhorté les musulmans à lancer davantage d’attentats-suicide contre les États-Unis, la Norvège, le Royaume-Uni et l’Australie. Mais il s’en est également pris à certains régimes arabes pour leur implication, souvent non déclarée, dans la guerre en Irak.
Les menaces d’el-Qaëda « interviennent alors que l’Arabie saoudite et les États-Unis sont déjà en État d’alerte maximale » après les attentats-suicide ayant fait 75 tués à Ryad et Casablanca respectivement les 12 et 16 mai, relève l’islamiste saoudien Saad Faqih. M. Faqih, porte-parole du Mouvement islamique pour la réforme en Arabie (Mira, opposition basée à Londres), estime dès lors que ce sont les pays arabes, cités par Zawahiri, « qui pourraient être de prochaines cibles dans un proche avenir ». L’adjoint de Ben Laden a en effet stigmatisé tour à tour les dirigeants saoudiens, koweïtiens, qatariotes, bahreïnis, égyptiens, jordaniens et yéménites, leur reprochant d’avoir accordé, chacun à sa manière, des facilités aux forces de la coalition américano-britannique dans leur guerre contre l’Irak.
L’analyste arabe Abdel Bari Atwan relève de son côté dans la dernière bande sonore diffusée par al-Jazira un changement dans la stratégie d’el-Qaëda qui, selon lui, veut désormais « se présenter comme une idéologie et non comme un mouvement ». Les dirigeants d’el-Qaëda « veulent promouvoir l’idéologie islamique des opérations martyre (attentats-suicide) (...) et mobiliser à cette fin le plus grand nombre possible de jeunes », a ajouté M. Atwan, rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, édité à Londres.
Cet analyste, qui avait interviewé Ben Laden par le passé, a estimé que Zawahiri avait également adressé « un message aux Irakiens pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls » face à l’occupation américano-britannique et qu’el-Qaëda cherche à provoquer le départ des forces d’occupation. « La présence en Irak de quelque 150 000 militaires américains, le chaos qui règne dans ce pays depuis la chute du régime de Saddam Hussein et le mécontentement que cela provoque sont autant de facteurs pour créer un environnement favorable à el-Qaëda », a-t-il ajouté.
Pour lui, « el-Qaëda est en passe de s’installer en Irak ». Et pour cause, a-t-il expliqué, « Ben Laden et Zawahiri ne peuvent combattre les Américains chez eux, mais ils peuvent faire autant en entraînant les Américains dans le région » arabe.
El-Qaëda était entré dans une phase d’hibernation durant la guerre lancée par les États-Unis et la Grande-Bretagne en Irak, alors que Washington accusait le régime de Saddam Hussein d’être de connivence avec le réseau de Ben Laden.
« La prochaine phase sera placée sous le signe de la violence et du terrorisme (...) et il semble que el-Qaëda et ses sympathisants ont pris la décision de frapper sans distinction entre (des cibles) civiles et militaires », a estimé M. Atwan, jugeant « exagéré » l’État d’alerte très élevé décrété aux États-Unis. « Le vrai danger menace la région arabe et non l’Amérique », a-t-il conclu.


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