« Je ne suis pas candidate ! » a récemment affirmé la sénatrice Clinton au cours d’un petit déjeuner de presse. Pourrait-elle changer d’avis ? « Non », a-t-elle répondu avec force, en secouant la tête. Cette dénégation n’a pourtant pas fait taire les spéculations alors que la course à l’investiture bat déjà son plein au sein du parti démocrate. Face aux dix autres candidats sur la ligne de départ, Hillary Clinton dispose d’un atout de poids : la notoriété, nourrie par les huit années très exposées qu’elle a vécues à la Maison-Blanche.
De nombreux démocrates sont persuadés que le président George W. Bush peut être battu si son adversaire est une personnalité de premier plan, reconnue dans l’Amérique profonde. Les sondages semblent le confirmer. Hillary Clinton est le choix préféré de 33 % des électeurs démocrates, loin devant les autres prétendants, selon une récente enquête de l’hebdomadaire Newsweek. Elle obtiendrait le soutien de 45 % des membres de son parti, soit plus que les neuf autres candidats, a indiqué un autre sondage réalisé avant l’entrée en lice du dixième candidat, le général à la retraite Wesley Clark.
Si elle devait finalement se lancer, Mme Clinton renierait une promesse faite en 2000 aux électeurs de l’État de New York, à qui elle avait assuré que, si elle en était élue sénatrice, elle effectuerait la totalité de son mandat de six ans. Elle aurait aussi à lutter contre le front des « anti-Clinton », qui, républicains ou démocrates, sont décidés à remuer ciel et terre pour empêcher leur retour à la Maison-Blanche. Ces dernières semaines, Bill Clinton a maintenu le flou sur les intentions de son épouse, se contentant d’indiquer que c’était « à elle de prendre la décision ».
La thèse d’un « complot Clinton » a pris une nouvelle dimension lorsque Wesley Clark, présenté comme un proche du couple, a lancé sa candidature à l’investiture démocrate à la mi-septembre. M. Clark servirait de « cheval de Troie » en préparant le terrain pour Hillary Clinton, avancent les défenseurs de cette théorie. « Si Bush s’effondre et que la nomination démocrate devient très attractive, les Clinton pensent être en mesure de convaincre Clark de se retirer, en le remerciant avec une seconde place sur le “ticket” », ce qui lui permettrait d’espérer un poste de vice-président, a prédit l’éditorialiste William Safire, dans le New York Times. Hillary Clinton a qualifié d’« absurde » un tel scénario. « Je suis très heureuse de ce que je fais », a-t-elle précisé.
Ceux qui espèrent toujours sa candidature se retrouvent sur deux sites Internet (« hillarynow.com » et « votehillary.org »). Si l’ancienne Première dame américaine entend se lancer dans la course, elle doit le faire vite car les autres candidats ont pris de l’avance dans la levée des fonds et l’organisation de la campagne, avertit l’historien Allan Lichtman, expert des élections présidentielles. « Je pense qu’elle devrait se présenter, mais il sera bientôt trop tard », ajoute-t-il.

