Plusieurs milliers de personnes sont actuellement privées d’eau chaude dans la deuxième ville de Russie (5 millions d’habitants), alors que d’autres ont subi cette épreuve au mois de juin ou l’attendent au mois d’août. Les habitants des logements communautaires (« komunalka », anciens appartements bourgeois partagés entre plusieurs familles) souvent délabrés du centre historique de Saint-Pétersbourg, où l’on utilise encore des chauffe-bains de l’époque soviétique, se retrouvent avantagés par rapport aux locataires des immeubles modernes, alimentés par le système urbain.
À moins d’aller chez des amis pour s’enfermer dans leur salle de bains ou de se convertir aux bienfaits de la douche froide, ceux-ci en sont réduits à chauffer de l’eau dans des casseroles avant de se livrer à des mélanges hasardeux.
« On se débrouille », soupire Lioubov Lisenko, en remplissant quatre casseroles d’eau qu’elle place sur son four à gaz. « Voilà, je le fais deux fois pas jour », dit-elle. « On peux évidemment acheter un chauffe-eau électrique, mais je ne peux pas me permettre de dépenser plus de 2000 roubles (67 dollars environ) pour un appareil que je n’utiliserais qu’un mois par an », explique cette professeur de littérature russe et mère d’une fille de deux ans.
Malgré cela, les acheteurs ne manquent pas dans les boutiques d’électroménager. « Les chauffe-eau se vendent très bien en été, en raison des coupures d’eau chaude », confirme Andreï Bourtzev, directeur d’un magasin d’électroménager.
« Être privé d’eau chaude pendant un mois, c’est très ennuyeux, mais ce qui est encore plus scandaleux, c’est qu’on continue à la payer pendant tout l’été », s’emporte Tatiana Volovitch, une femme ingénieur d’une quarantaine d’années.
« Ce n’est pas grand-chose, l’eau chaude coûte 60 roubles (2 dollars) par mois, mais pourquoi dois-je payer pour quelque chose que je ne reçois pas ? », demande-t-elle.
La période d’entretien annuel des conduites de chauffage urbain, destiné avant tout à les préserver de pannes en hiver, qui n’en sont pas moins courantes à Saint-Pétersbourg, ne doit pas dépasser 21 jours selon le règlement administratif.
Mais la plupart des canalisations ont été installées il y a une vingtaine d’années et doivent souvent être remplacées. « Par conséquent, l’entretien annuel prend parfois plus longtemps que prévu », reconnaît Galina Sorokina, une responsable de Lenenergo, une importante compagnie régionale d’électricité qui fournit également l’eau chaude.

