La tactique américaine a fini par donner des résultats en Irak où les deux fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, ont été tués mardi à Mossoul dans une opération « propre », grâce à un informateur local que tout le monde voudrait identifier. Un homme dans cette ville du nord de l’Irak est plus riche de 30 millions de dollars, la somme à laquelle les têtes des fils du président déchu étaient mises à prix depuis le 3 juillet dans la traque à Saddam et à ses proches.
De plus, aucun soldat américain n’a été tué durant l’opération et, à part les personnes visées dans la maison, Oudaï, Qoussaï et deux autres morts non identifiés, aucune victime civile irakienne n’a été recensée. « Cette opération était une parmi de nombreuses autres », a dit hier le colonel Joe Anderson, chef de la 2e brigade du 3e bataillon du 327e régiment de la 101e division aéroportée, en charge du contrôle de Mossoul. Mais cette fois, le renseignement était bon. « Nous avons préparé l’opération pendant 24 heures, et nous voulions minimiser les dégâts dans le voisinage », ajoute-t-il, car « Mossoul est une ville tranquille ».
À part la maison de deux étages à moitié détruite dans l’assaut, « douze maisons ont été endommagées », a indiqué le lieutenant-colonel Mike Rourke, un ingénieur militaire, venu estimer les dégâts pour commencer les réparations.
Les forces américaines avaient d’abord déployé un cordon de sécurité puis demandé aux voisins de s’écarter, avant de s’approcher de la maison pour demander aux occupants de sortir. « Pour toute réponse, nous avons eu des balles, a précisé le lieutenant-colonel. L’assaut, dans lequel nous avons eu quatre blessés, a été donné par deux pelotons, soit quelque 80 hommes, et a duré pendant plusieurs heures. Une douzaine de missiles antichars TOW ont été tirés. »
Quant à l’informateur, « je ne vous dirais pas son nom », dit le colonel. « Il est sous notre protection et il a touché de l’argent », précise-t-il, sans donner de chiffre. Les voisins pointent le doigt vers deux hommes : cheikh Nawaf Mohammed al-Zaidane, le propriétaire de la maison qui a été emmené avec son fils par les troupes américaines, ou son voisin, un Kurde, Ahmed Tahar Zenana. Ahmed Habel, un voisin, estime que l’informateur pourrait être le cheikh lui-même, un riche entrepreneur de Mossoul, qui s’était vu confier par Saddam Hussein le chantier de la nouvelle mosquée de la ville. Bien qu’appartenant à la même tribu, les Abou Nasser, « il est avide d’argent », dit Ahmed Habel. Il souligne que « le cheikh a été emmené sans menottes et semblait être bien traité par les soldats ». Déjà mardi, une parente de cheikh Zaidane n’avait pas exclu cette hypothèse.
Selon un autre voisin, Kefar Mahmoud, cheikh Zaidane aurait dit à son voisin Ahmed Tahar Zenana que les fils de Saddam Hussein étaient chez lui. Hier, M. Zenana n’était plus chez lui, et la maison était gardée par des soldats américains.
Devant la maison du cheikh, une foule de curieux se pressait, parquée derrière des barbelés les empêchant d’accéder au lieu gardé par une cinquantaine de soldats. Les opinions étaient partagées. Chez les Kurdes, c’est la joie qui prédominait, alors que certains habitants arabes critiquaient « l’occupation américaine ». Attirés par les caméras de télévision, des groupes de jeunes criaient des slogans favorables à Saddam Hussein.

