Médaillé de bronze sur 200 m aux championnats du monde 2001, à Edmonton, le sprinteur de poche ne courra pas le demi-tour de piste au Stade de France, s’estimant insuffisamment préparé sur la distance.
Un jour après son triomphe, l’athlète de Saint-Kitts-et-Nevis (deux îlots d’une superficie totale de près de 260 km2, au large de Porto Rico) relativise. « C’était une course très ouverte. Les sept autres pouvaient aussi bien gagner. Rien n’était joué d’avance. Avec 10’’07, j’étais septième aux JO. Ici, ça a suffi pour gagner. Ma force ? La régularité probablement », explique-t-il.
Effectivement, le 100 m le plus serré de l’histoire (4 athlètes en 1/100) et le chrono modeste ne l’autorisent pas à jouer les fiers-à-bras. Dans un milieu de bravaches et de costauds, avec ses chaussettes bien remontées et noires comme son maillot, Collins, 27 ans, est anachronique.
Atypique
Monte Stratton, 56 ans, son entraîneur à l’Université chrétienne du Texas à Fort Worth (TCU), croque le « petit grand homme » en quelques mots : « C’est un sprinter atypique mais efficace. »
« Je ne suis pas un de ces sprinteurs qui travaillent dur. Je ne me trompe pas sur moi-même. Ce n’est pas la peine de se tuer au travail, ajoute le médaillé d’or, prototype d’une nouvelle race d’hommes rapides. Je sépare ma vie de la compétition. » Et de préciser que cette vie, c’est la musique, la famille, les amis, l’entraide : « Ma mère a eu 11 enfants de pères différents, dont deux sont décédés. » Il ne connaît pas l’identité de son père, a lui-même deux enfants à Saint-Kitts et une fiancée à Fort Worth.
« Ceux qui connaissent l’athlétisme savent que Collins était en route pour ce titre », souligne le Britannique Darren Campbell, médaille de bronze, excluant l’idée que Kim est un champion de pacotille.
Alors que l’époque de Maurice Greene « est révolue » – selon le jugement autorisé de son compatriote et quintuple champion olympique Michael Johnson –, et qu’un autre Américain, Tim Montgomery (le détenteur du record du monde) doit régler ses problèmes d’entraîneur, Collins pense que « l’an prochain, année olympique, les Américains seront de retour ».
Mais surtout, il va lui falloir se garder de la génération montante des Caraïbes, redevenus le jardin paradisiaque du sprint messieurs.
Prodiges
Il a des paroles d’éloge pour le junior trinidadien Darrel Brown, médaille d’argent, mais aussi pour un autre prodige, le Jamaïcain Usain Bolt, qui vient de signer 20’’13 sur 200 m à seulement 17 ans ! Pour l’avenir, il y a aussi le Jamaïcain Asafa Powell, 21 ans, dominateur de la 9e série dimanche, devant Collins (10’’05 contre 10’’09) justement, avant d’être disqualifié, comme l’Américain Jon Drummond, en quart de finale. Passager sur cette terre, comme il se définit, Collins n’en est pas moins homme. « C’est pourquoi nous aimons tous dominer », dit-il. Et, sans plus de précision, il estime pouvoir encore progresser, « surtout au départ ».
« Si cet homme l’a fait, vous pouvez le faire », remarque son entraîneur. Collins serait donc l’incarnation du rêve américain. Même si d’autres privilégient sa nouvelle dimension historique.
Saint-Kitts, dont le nom officiel est Saint Christopher, a été découvert en 1493 par Christophe Colomb. Cinq cent dix ans plus tard, Collins a fait connaître au monde ce minuscule archipel.

