Un haut responsable du Fateh, le mouvement du président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, a dit que le comité central du Fateh envisageait de nommer Nasser Youssef, un général autrefois lié à M. Arafat, au portefeuille de l’Intérieur, actuellement détenu par M. Abbas lui-même.
M. Abbas, qui ne contrôle qu’une partie de l’appareil sécuritaire palestinien dont la plus grosse partie reste aux mains de M. Arafat, a refusé cette proposition et répété son exigence de contrôler lui-même complètement toutes les forces.
« Cette décision (de proposer Nasser Youssef) n’est pas bonne », a indiqué dans un communiqué le secrétariat de M. Abbas. « Ce qui est nécessaire, c’est d’unir tous les services de sécurité dans une même force. »
C’est d’ailleurs ce qu’avait affirmé jeudi dernier le secrétaire d’État américain Colin Powell, qui avait appelé M. Arafat à « travailler avec le Premier ministre Mahmoud Abbas et mettre à sa disposition les instruments de sécurité qui sont sous son contrôle afin de permettre la réalisation de progrès sur la “feuille de route” et la fin de la violence ».
Des sources au sein de l’administration du Premier ministre ont fait part de l’irritation provoquée par l’initiative du Fateh. « Le comité central (du Fateh) n’a pas le droit de nommer des ministres dans le gouvernement », a souligné l’une de ces sources.
La nomination envisagée témoigne de divisions sur la stratégie à adopter pour conduire le démantèlement des groupes armés palestiniens exigé par la « feuille de route », plan de règlement international. Des partisans de M. Arafat gardent leurs distances avec M. Abbas et son ministre délégué aux Affaires de la sécurité, Mohammed Dahlane, que certains estiment trop proaméricains.
Avant d’accepter de prendre le poste nouvellement créé de Premier ministre de l’Autorité palestinienne, le 30 avril dernier, M. Abbas avait exigé de bénéficier de pouvoirs réels, notamment dans le domaine sécuritaire. Il avait arraché à M. Arafat la nomination de M. Dahlane au terme de longues discussions.
Selon Sakher Habache, un membre du comité central du Fateh, l’objectif, en proposant la nomination de M. Youssef, membre du Conseil national de sécurité palestinien, était « d’avoir (à l’Intérieur) quelqu’un qui soit respecté par tous les responsables » palestiniens. « Le gouvernement palestinien devient de plus en plus faible, du fait des actions israéliennes, et il est clair que le gouvernement israélien ne veut pas avoir en face de lui un gouvernement en état de fonctionnement », a estimé M. Habache.
En tant que détenteur du portefeuille de l’Intérieur, M. Abbas a le contrôle de trois des branches des forces de sécurité palestiniennes : la police, la Défense civile et la force de sécurité préventive.
Les 35 à 40 000 membres de la Force de sécurité nationale ainsi que d’autres unités comme le renseignement, la marine et la police aux frontières sont encore sous le commandement de M. Arafat.

