Sorties prévues pour le jeudi 21/8 (sous réserve)
– Lara Croft – Tomb Raider 2: The Cradle of Life, de Jan De Bont, avec Angelina Jolie et Gérard Butler.
– The Life of David Gale, d’Alan Parker, avec Kevin Spacey et Kate Winslet.
– The Actors, de Conor McPherson, avec Michael Caine.
«Being (deux fois)
Nicolas Cage»
Adaptation,
de Spike Jonze
Par quel bout prendre ce film? Adaptation évoque un étrange fragment de météorite égaré dans l’espace filmique: à propos d’astronomie, le passage du film dans notre programmation locale pourrait être d’une extrême brièveté [1]. Adaptation peut être vu comme une métaphore de la présente et interminable crise du scénario à Hollywood: puisque Spike Jonze a justement mis en scène un scénariste aux prises avec l’élaboration d’un scénario qu’il n’arrive pas à maîtriser. Seulement, il se trouve que Spike Jonze – on n’a pas oublié Being John Malkovich, en 99 – a visiblement horreur de toute apparence de facilité. Entrer dans son film ressemble à un exercice de contorsion mentale (sinon physique), y rester exige une attention de tous les instants, en sortir laisse le spectateur (déjà tenu à une obstination méritoire) épuisé autant que dubitatif. Mais l’expérience, tant elle sort de l’ordinaire, peut avoir son charme, de par sa provocation aux limites du masochisme.
Pour commencer, le personnage-clé d’Adaptation est double: Nicolas Cage joue, avec un talent louable, les rôles des frères jumeaux Charlie et Donald Kaufman. Le premier, qui était (imaginez!) le scénariste réel du film Being John Malkovich, peine à sa tâche de scénariste: il est vrai qu’adapter pour l’écran un roman aussi «pointu» que The Orchid Thief (dont Meryl Streep incarne l’auteur, Susan Orlean, avec un naturel et une conviction étonnants) représente une épreuve quasi insurmontable. Alors que Donald Kaufman, à l’opposé, n’a aucun problème d’écriture. Parallèlement, le même Donald est un dragueur comblé, à l’inverse de Charlie, à la sexualité perturbée, qui est la proie d’angoisses existentielles. Comme si tout cela ne suffisait pas, Spike Jonze a introduit dans son film, à intervalles irréguliers, des flash-back rapides qui égarent encore le spectateur déjà déboussolé.
Vous conseiller de ne pas aller voir le film? Non. On s’est contenté, en vous mettant sur la voie (?), de vous prévenir. Une chose est sûre: Adaptation n’a rien à voir – mais alors, rien – avec ce qui se projette habituellement sur nos écrans.
Dernier détail: l’acteur Chris Cooper a été oscarisé pour son rôle secondaire de John Laroche.
[1]: les cinéphiles purs et durs ont intérêt à se précipiter.
CONCORDE, ABRAJ, ZOUK
Chihiro au pays
des merveilles
Spirited Away (Le voyage de Chihiro),
de Hayao Miyazaki
Véritable rayon de soleil, ce rêve enchanté vient illuminer des semaines cinématographiques bien pauvres. Le film d’animation du Japonais Miyazaki est un cadeau venu tout droit des étoiles. Sorti en juillet 2001 au Japon, Spirited Away a connu un succès phénoménal dans son pays d’origine, dépassant Titanic à la première place du box-office de tous les temps avec plus de 17 millions de spectateurs recensés à la fin 2001. Autre destin surprenant, le film reçoit l’Ours d’or au Festival de Berlin (ce fut le premier film d’animation dans toute l’histoire du festival à recevoir la plus haute récompense). Ce parcours impressionnant est tout à fait justifié. Plus qu’un simple dessin-animé, Miyazaki nous offre une épopée poétique, imaginaire, magique, surréelle et enivrante.
Et pourtant, tout commence à partir d’un rien: une petite fille (Chihiro) prend la route avec ses parents, en destination de leur nouvelle ville. Ils tombent sur un parc d’attraction délaissé. Avant qu’ils ne s’en aperçoivent, les parents sont victimes d’un mauvais sort, et c’est à Chihiro de les sauver de ce monde étrange, peuplé par des esprits.
En une fraction de seconde, nous voilà propulsés avec la fillette dans ce qui paraît être un espace géant de thermes destiné aux esprits. Ici viennent se rencontrer toutes sortes de créatures aussi originales que curieuses. Chacune est unique: nous croiserons une sorcière à la coiffure victorienne, un garçon mystérieux aux allures de Prince Vaillant, un homme à six bras à l’allure d’anarchiste, et bien d’autres espèces aussi hallucinantes.
Bref, une imagination débordante, des graphismes incroyables, des couleurs denses, des lignes cristallines et pures, et des plans qui resteront gravés dans nos mémoires, tant ils hypnotisent par leur beauté calme, poignante et mystérieuse (le simple plan du train roulant sur une étendue d’eau vous fascinera).
Si les enfants se réjouiront devant ce spectacle magique, les adultes l’apprécieront davantage. Ils se délecteront de toutes les figures symboliques et des leçons de vie données par Miyazaki: en plus de sauver ses parents, Chihiro traverse un parcours initiatique, une quête de soi. Elle apprend que la cupidité est mère des vices, elle apprend l’amour, l’amitié, la persévérance, et elle brave le danger avec le courage, l’innocence et la naïveté de son jeune âge.
La force du film réside dans le fait que jamais le réalisateur ne tombe dans un sentimentalisme niais. Il brise les barrières du Bien et du Mal, rendant l’histoire et ses personnages extrêmement humains et virant ainsi gracieusement du surréel au réel.
Spirited Away est une expérience aussi bien visuelle, sensorielle et intellectuelle que spirituelle.
CONCORDE, ABRAJ
(version française), ZOUK
Les enfants d’abord
Daddy Day Care,
de Steve Carr
Eddy Murphy nous revient dans une nouvelle comédie familiale. L’acteur ne semble pas découragé par les flops de ses précédents films. Il récidive en partageant l’affiche avec une armée de gamins. Rien de nouveau pour autant. Steve Carr a su utiliser le charme des enfants et le charisme (?) de Murphy afin de faire glisser les 1h30 du film.
En résumé: après avoir perdu leur emploi, Charlie et Phil décident d’ouvrir une garderie. Voilà donc l’idée du réalisateur: lâcher une ribambelle de demi-portions dans une grande demeure, chacun ayant son petit caractère à défendre (du timide, au grossier, en passant par le fan de «Flash»), puis opposer cette institution hors normes à une institution ultraclassique, menée par Anjelica Huston (car il faut bien un méchant dans l’histoire) et laisser la platitude et le déjà-vu agir. Quelques gags «pipi, caca» vous feront sourire... sans plus.
Circuit EMPIRE-ESPACE
L’ACTUALITÉ
l Le grand cinéaste polonais Andrzej Wajda, on s’en souvient, avait réalisé, en 1977, un film intitulé L’homme de marbre, au retentissement considérable. Wajda y mettait en scène son pays, la Pologne, alors encore sous le joug du pouvoir communiste. Trois ans plus tard, soit en 80, une suite non moins mémorable, L’homme de fer, montrait l’ascension du célèbre syndicat Solidarité («Solidarnosc») et la libération toute proche de la Pologne. Aujourd’hui, on apprend que Wajda va tourner le troisième volet de cette trilogie, consacré à la Pologne de l’ère post-communiste.
l Infatigable, Woody Allen ne se contente pas de faire de la musique (de jazz, en priorité!) et de tourner film après film; sa dernière réalisation figurera au programme du prochain Festival international de Venise, en présence de Woody Allen lui-même. Lequel vient de se distinguer en montant à New York une pièce de théâtre au thème assez noir qui a été très remarquée. Décidément, Woody est un véritable homme-orchestre!
l Autre cinéaste souvent discuté mais important, Peter Greenaway a choisi Ornella Muti pour être la vedette de la suite de son film Les valises de Tulse Luper, dont la première partie avait été présentée à Cannes 2003.
l On pourrait croire Jean-Luc Godard désormais inactif. Erreur. Il vient d’achever, à Sarajevo, le tournage d’un film intitulé (pour le moment) Notre musique. On peut faire confiance à J.-L.G.: sa «musique» n’aura rien de conventionnel. Il en a même proposé une «morale» tout à fait personnelle: «Faites un petit film qui montre votre vraie journée, et sauvez votre âme avec». Tout un programme...
l On n’est pas près d’en finir – et pour cause! – avec Charles Chaplin. Alors que le dernier Festival de Cannes s’était terminé sur une projection de Modern Times (en version restaurée), et que l’œuvre intégrale du génial Charlot est éditée en DVD (sans oublier une «resortie» en salles), il faut rappeler que, à Cannes justement, un nouveau film sur Chaplin avait été présenté (en séance spéciale). Intitulé Charlie: The Life and Art of Charlie Chaplin, il a été réalisé par Richard Schickel (critique de cinéma au magazine Time) et prétend tout dire (rumeurs comprises!) sur la vie et l’œuvre de l’auteur-acteur de tant de chefs-d’œuvre. Rappelons que Richard Attenborough avait abordé le sujet, en 92, avec son film (vu au Liban) intitulé, en toute simplicité, Chaplin, avec Robert Downey Jr dans le rôle-titre.
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR JEAN-PIERRE GOUX-PELLETAN


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