« En Suisse, on est un petit peu fier », reconnaît cependant dans un sourire la physiothérapeute de 36 ans, basée à Saint-Gall. Les joueurs du championnat suisse ont appris à respecter les coups de sifflet et les décisions de cette jeune femme blonde à l’éternel bandeau blanc, compagne dans sa vie privée d’un des meilleurs arbitres européens, Urs Meier.
« Pour moi, ce match de Coupe d’Europe est un match comme un autre, poursuit celle qui a notamment dirigé la finale du Mondial féminin en 1999 devant 80 000 spectateurs. Il n’y a que l’aspect médiatique qui change. Depuis que l’UEFA a annoncé ma nomination, le téléphone n’arrête pas de sonner. Ce n’est pas facile d’être la première, j’aurais préféré être la deuxième ! » Elle ne se considère d’ailleurs pas comme une pionnière. « Les vraies premières, ce sont les Françaises Nelly Viennot et Corinne Lagrange, qui ont déjà arbitré en Ligue des champions comme assistantes. Si elles n’avaient pas réussi, je ne pourrais pas faire ça aujourd’hui, glisse-t-elle. Nelly m’a d’ailleurs écrit pour me souhaiter bonne chance. »
En cachette
Si elle accepte volontiers les encouragements, la Suissesse se veut prudente. « J’espère surtout que l’on va davantage parler du match que de moi, jeudi soir. Quand on parle de l’arbitre, ce n’est pas bon signe en général. » La discrétion est un peu son leitmotiv depuis ses tout premiers coups de sifflets, lorsqu’elle était adolescente. Il s’agissait alors d’éviter non pas l’attention médiatique mais celle de parents peu enclins à voir leurs filles arbitrer des rencontres de football.
« Dans mon village, il n’y avait que le football comme sport, se souvient celle qui a grandi dans le Jura suisse. Avec ma sœur jumelle Dominique, on a passé les tests pour devenir arbitre, en cachette de nos parents. Quand j’allais arbitrer mes premiers matches, en juniors, je leur disais simplement que j’allais voir un match. Ensuite, quand ils l’ont su, il était trop tard. Ils ont dû se rendre à l’évidence. »
Un sacré tempérament pour cette athlète d’un mètre soixante-cinq qui, sur le terrain, préfère qu’on la « considère comme un arbitre que comme une femme », même si elle sourit encore de ce joueur qui, un jour, lui demanda sur le terrain : « Vous êtes mariée ? »
« C’est un personnage, confirme Francesco Bianchi, président de la commission des arbitres à la Fédération suisse. Elle a une gestuelle à elle, très spontanée, comme embrasser le ballon avant chaque match. Elle a su convaincre mais cela n’a pas toujours été facile. Quand elle arbitre bien, on dit que c’est un bon arbitre. Si elle fait une erreur, regrette-t-il, elle redevient une femme. »

