Aujourd’hui, le Brésil est le plus grand producteur et exportateur au monde avec 32 % du marché, devançant les Colombiens et les Vietnamiens, et il s’apprête à vivre en 2004 la meilleure récolte de son histoire. Mais la médaille a des revers: il doit trouver des débouchés pour une production toujours plus massive et affronter une baisse continuelle des prix, thème récurrent de la réunion de l’Organisation internationale du café la semaine dernière en Colombie.
Au Brésil, le café donne le coup d’envoi du cycle économique le plus important de l’histoire du pays, étendant le réseau routier, favorisant l’expansion géographique et l’immigration de 4 millions d’Européens et de Japonais employés dans les grandes propriétés caféières pour remplacer les esclaves libérés en 1888.
Le café, qui représentera au pic de son succès 75 % des exportations brésiliennes, imprime sa marque sur la vie culturelle, l’architecture et la vie politique du pays.
Le café devait aussi financer la révolution industrielle du Brésil, séparant durablement le Nord pauvre du Sud enrichi par la culture des précieux fruits rouges.
Pour 2004, le gouvernement prévoit une récolte supérieure de 10 % au record précédent enregistré en 2002 avec 47 millions de sacs (de 60 kilos) produits et 28 millions exportés.
Déjà, certains associent ce boom de la production au nouveau leadership brésilien dans la région, symbolisé aussi par la présence du président Luis Ignacio Lula da Silva à la réunion de l’OIC. Mais d’autres, comme le directeur de l’Association brésilienne de l’industrie du café, Nathan Herszkowicz, rappellent les vrais enjeux : « Avec des prix à New York 40 % inférieurs à la moyenne historique, c’est difficile de garantir au producteur une rente suffisante. »
Ni le gouvernement ni les producteurs n’imaginent toutefois recourir à un contrôle des prix. « La route à suivre, c’est d’encourager la consommation, d’améliorer la production et de réduire les barrières au commerce », a estimé le directeur du conseil des exportateurs de café du Brésil (Cecafé) Guilherme Braga. Selon lui, il faut aussi que les Brésiliens créent des marques et leur propre réseau logistique de distribution pour ne pas dépendre des quatre ou cinq multinationales dominant le marché.

