Les Français seront-ils pour autant favoris au Portugal au mois de juin?
« Favoris ? Non, je ne le pense pas. Il nous faut plus de matches référence », dit le capitaine Marcel Desailly.
En effet, la France n’a perdu qu’une rencontre cette année. C’était un match amical, mais contre l’une des équipes les plus solides du continent.
Battus 2-0 en février par la République tchèque, aujourd’hui invaincue en 14 rencontres, les Bleus n’ont pas rencontré d’opposition trop farouche pendant leur campagne de qualification pour l’Euro.
Leur adversaire le plus coriace était la Slovénie, qui, en dépit de ses qualités athlétiques et techniques, n’a pas réussi à passer le premier tour à la Coupe du monde 2002 et à l’Euro 2000.
Le groupe 1 figurait sûrement parmi les plus faibles des éliminatoires, avec deux équipes qui figurent au-delà de la 80e place dans le classement de la Fifa, Malte (131e) et Chypre (86e).
Mais après un départ difficile à Limassol (2-1), les Français ont piétiné les Chypriotes au stade de France 5-0 samedi dernier.
Ils ont également passé dix buts en deux matches à Malte pendant que d’autres prétendues grandes équipes cherchaient leur football contre des outsiders.
Une vie sans Zidane
L’Allemagne, finaliste du Mondial 2002, a été incapable de battre la Lituanie à domicile et n’est pas certaine d’accrocher la première place du groupe 5 où figurent aussi l’Islande, l’Écosse et les peu redoutables îles Féroé.
Dans le groupe 10, la Russie n’a pris qu’un seul point en deux confrontations avec la Géorgie, 91e du classement Fifa.
L’équipe de Jacques Santini a su éviter les pièges. Elle n’a pas tremblé lorsqu’il a fallu conclure, à dix contre onze, dans le champêtre et hostile stade central de Ljubljana.
Qu’est-ce qui a changé depuis que l’ancien entraîneur de l’Olympique lyonnais a remplacé Roger Lemerre à la tête des Bleus dans la foulée de la débâcle de la Coupe du monde?
D’abord, ils savent jouer – et gagner – sans Zinedine Zidane. Le milieu de terrain du Real Madrid reste l’un des meilleurs joueurs du monde, si ce n’est le meilleur.
Depuis l’arrivée de Santini en juillet 2002, la France a joué huit de ses 17 matches sans Zidane. Elle les a tous gagnés en inscrivant 25 buts pour une différence de +22.
Avec l’ancien joueur de la Juventus, elle a remporté sept victoires, concédé un nul et une défaite — 24 buts pour, cinq contre.
Il y a aujourd’hui, indéniablement, une vie sans Zidane, ce qui n’était pas le cas en Corée du Sud quand toute la France tremblait à l’annonce du forfait de « Zizou » pour les deux premiers matches face au Sénégal et à l’Uruguay.
C’est aussi sans lui que les Bleus ont remporté la Coupe des confédérations en juin dernier en battant la Turquie, troisième du Mondial, en demi-finale, avant de s’imposer en finale au Cameroun, champion d’Afrique.
Laboratoire
Le tournoi, prétendu sans intérêt, a servi de laboratoire à Santini, qui a donné un nouveau souffle à son groupe en intégrant durablement des joueurs comme Olivier Dacourt et Benoît Pedretti.
Les deux milieux défensifs sont capables de remplacer la paire titulaire Patrick Vieira/Claude Makelele.
Si Zidane devait se blesser, une partie de l’animation offensive pourrait être confiée en toute confiance à Robert Pires ou au lutin monégasque Ludovic Giuly sans que l’équilibre de l’équipe ne soit mis en danger.
En attaque, Thierry Henry et David Trezeguet sont les indéniables « serial buteurs » de la formation, mais Steve Marlet, Sidney Govou ou Djibril Cissé, malgré un début de saison difficile, ont montré qu’ils pouvaient marquer.
En défense, Willy Sagnol est désormais un remplacement de luxe de l’infatigable Lilian Thuram, et le Mancunien Mikaël Silvestre est une excellente solution de rechange dans l’axe de William Gallas et de Bixente Lizarazu sur le côté gauche.
Mais c’est avec huit champions du monde dans le onze de départ que la France a assuré sa qualification en Slovénie. Quoi de neuf, donc?
Les Bleus disposent d’une profondeur de banc impressionnante, une donnée non négligeable, étant donné la cadence de matches qu’imposera l’Euro 2004.
Les fantômes du Mondial ont-ils été définitivement chassés?
Pas vraiment, et c’est peut-être la meilleure nouvelle.
« Nous n’oublierons jamais », dit Thuram. Chassés de la Coupe de monde 2002 sans avoir gagné un match et, pire, sans avoir inscrit le moindre but, les Français savent désormais que personne n’est imbattable.

