Rechercher
Rechercher

Actualités

Les pays du Sud montent en puissance

Muets en 1999 à Seattle, un peu moins discrets en 2001 à Doha, les pays du Sud s’imposent un peu plus à la cinquième conférence ministérielle de l’OMC à Cancun et entendent enfin peser sur l’issue des négociations commerciales multilatérales.
« G21 » contre les subventions agricoles, initiative « coton » africaine, refus des négociations sur l’investissement : en trois jours de conférence, les pays en développement (PVD) ont mis la pression et occupé le terrain à Cancun.
Avec le poids des deux tiers de la population mondiale, les PVD demandent des comptes aux pays développés. Deux ans après le lancement du nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales, appelé Programme du développement de Doha, les PVD estiment légitime d’en être les principaux bénéficiaires. Or, rien n’a changé, et les promesses n’ont pas été tenues, estiment de nombreux délégués du Sud.
« Nous nous réveillons aujourd’hui des chimères que les pays développés nous ont vendues. Or, si nous voulons des résultats, il faut changer les règles que l’on nous a imposées jusqu’ici », a expliqué le vice-ministre vénézuélien du Commerce, Victor Alvarez.
Et cette opposition s’est cristallisée sur la question des subventions aux exportations de produits agricoles, pivot de négociation à Cancun, cruciale pour des pays en développement qui représentent 90 % de la population paysanne mondiale.
Le 20 août dernier, un groupe de vingt pays en développement et émergents (G20), dont le Brésil, la Chine et l’Inde, rejoints depuis par l’Égypte, se constituait en réaction à la proposition sur l’agriculture déposée mi-août à l’OMC par l’Union européenne (UE) et les États-Unis.
« Le texte euro-américain les a rendu fous, car ils reportaient encore une fois à plus tard les promesses de commerce agricole plus juste, alors que chez eux, de plus en plus de paysans pauvres manifestaient contre l’OMC », estime Lori Wallach, directrice de l’ONG américaine Public Citizen.
Le 27 août, ces PVD déposaient une proposition alternative demandant aux pays développés d’aller plus loin qu’à Doha en s’engageant clairement pour éliminer leurs subventions agricoles, position clairement réaffirmée à Cancun.
La voix du Sud s’est également élevée du côté des pays moins avancés (PMA), exclus des grands courants d’échanges mondiaux, avec l’appel lancé par quatre pays pauvres d’Afrique de l’Ouest et du centre (Bénin, Burkina-Faso, Mali et Tchad) pour éliminer au plus vite les subventions sur le coton. La question a été intégrée aux négociations de Cancun.
« Les PVD ont compris qu’ils avaient intérêt à s’unir pour ne plus se faire dicter leur loi par les États-Unis et l’Europe, qui ne représentent que 1 % des paysans mondiaux », explique Céline Charveriat, de l’ONG Oxfam.
À Cancun, 16 PVD, dont certains membres du G21, ont assuré qu’ils refuseraient de lancer à Cancun des négociations visant à établir des règles multilatérales pour faciliter l’investissement ou la concurrence.
« Rien n’a changé depuis 1987 sur l’agriculture, et on voudrait nous faire ouvrir de nouvelles négociations. Nous nous sommes fait avoir dans les cycles de négociations précédents, cela doit changer », a lancé la ministre malaise du Commerce, Rafidah Aziz. « Il y a eu une lente prise de conscience depuis Seattle, qui s’est accentuée après Doha. Les PVD ont commencé à se réunir ensemble à Genève pour suivre les négociations OMC ensemble, dossier par dossier, ils savent maintenant mieux comprendre les textes », explique un membre de la délégation cambodgienne.
Reste à savoir si ce nouveau front du Sud, aux intérêts parfois divergents, restera uni et campera sur ses positions face aux pays riches comme les États-Unis, l’Union européenne ou le Canada, qui s’activent pour éviter un affrontement Nord-Sud.
Muets en 1999 à Seattle, un peu moins discrets en 2001 à Doha, les pays du Sud s’imposent un peu plus à la cinquième conférence ministérielle de l’OMC à Cancun et entendent enfin peser sur l’issue des négociations commerciales multilatérales.« G21 » contre les subventions agricoles, initiative « coton » africaine, refus des négociations sur l’investissement : en trois jours de conférence, les pays en développement (PVD) ont mis la pression et occupé le terrain à Cancun.Avec le poids des deux tiers de la population mondiale, les PVD demandent des comptes aux pays développés. Deux ans après le lancement du nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales, appelé Programme du développement de Doha, les PVD estiment légitime d’en être les principaux bénéficiaires. Or, rien n’a changé, et les...