Plusieurs grandes délégations à la conférence de Cancun, comme les États-Unis et l’Australie, ont clairement fait savoir que si leurs intérêts n’étaient pas pris en compte dans un accord multilatéral, cœur du débat à Cancun, elles feraient valoir leurs objectifs à travers des accords régionaux.
Une telle démarche n’est évidemment pas du goût des partisans du multilatéralisme, et le dernier rapport de l’OMC rappelait que « les accords commerciaux régionaux peuvent poser une menace pour un système d’échange multilatéral cohérent et actif ».
Ce rapport notait aussi que des accords entre des groupes de pays peuvent entraîner une hausse des coûts des échanges, renforcer le protectionnisme et les forces antilibérales au détriment des intérêts des économies les plus fragiles.
Juste avant son arrivée à Cancun, le représentant américain pour le Commerce, Robert Zoellick, a averti qu’en cas d’échec des négociations à l’OMC sur la libéralisation des échanges, les États-Unis favoriseront les accords de libre-échange bilatéraux.
Certes, Washington est décidé à libéraliser les échanges via un accord à l’OMC, mais « nous sommes en mesure de trouver des pays désireux d’ouvrir leurs marchés avec les États-Unis », a déclaré M. Zoellick.
« J’espère que ces pays seront dans l’OMC. Mais s’ils ne le sont pas, cela ne nous arrêtera pas. Nous allons bouger avec les pays qui sont prêts à le faire », a-t-il ajouté en rappelant la signature par le président George W. Bush des deux derniers accords de libre-échange récemment conclus avec Singapour et le Chili.
Pour des raisons diamétralement opposées et tout en donnant une chance à l’OMC, la Malaisie a également souligné son objectif de défendre ses intérêts par le biais d’accords régionaux. « Le système multilatéral est toujours perçu comme étant mené par les entreprises plus que par un souci de développement, et les entreprises des pays puissants exercent une grande influence », a indiqué le vice-Premier ministre malaisien Abdullah Badawi. « Tout en étant engagés nous-mêmes pleinement à l’OMC, nous prenons conscience des limites des accords commerciaux multilatéraux comme l’OMC », a-t-il dit.
Le ministre australien du Commerce, Mark Vaile, a également prévenu que son pays passerait des accords bilatéraux si le cadre multilatéral ne répond pas aux attentes de l’Australie.
L’Australie, qui a déjà des accords bilatéraux avec Singapour, négocie un accord avec les États-Unis, et le Premier ministre John Howard a manifesté son intention d’en passer un avec la Chine.


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