« Une partie de la population soutient encore les bandits », admettait la semaine dernière le porte-parole des forces russes à Grozny, Ilya Chabalkine.
« Ils ne seront pas liquidés en un an ou deux. On attrapera encore des bandits ici dans dix ans, si on regarde la situation de façon réaliste », ajoutait-il.
Transformer le soutien aux séparatistes en confiance envers le gouvernement tchétchène prorusse est essentiel pour l’établissement de la paix dans la région, mais ce but semble totalement illusoire, à un mois de la tenue d’une élection présidentielle prévue le 5 octobre.
« Le plus grand sujet de préoccupation est que le nombre total de combattants reste inchangé depuis très longtemps, malgré leurs arrestations et les pertes quotidiennes dues aux opérations spéciales et aux accrochages », soulignait le mois dernier le colonel Chabalkine. Ainsi, soit les pertes dans les rangs des rebelles sont compensées par de nouvelles recrues, soit les bilans donnés régulièrement par les services russes ne correspondaient pas à la réalité. Lors du premier conflit russo-tchétchène (1994-1996), une bonne partie de la population soutenait les rebelles. Mais après avoir gagné une quasi-indépendance à la mi-1996, la république a plongé dans le désordre, avec des enlèvements et des règlements de compte. Ainsi, plus de 200 000 tchétchènes sont portés disparus depuis le lancement du second conflit tchétchène, il y a quatre ans. C’est au prétexte de rétablir l’ordre, et de contrer une offensive des rebelles souhaitant établir une république islamique au Daguestan voisin de la Tchétchénie, que Vladimir Poutine, alors Premier ministre, a lancé le second conflit, qualifié par le Kremlin d’« opération antiterroriste ».
Malgré la violence des combats et l’étendue des destructions qui s’en sont ensuivies, de nombreux Tchétchènes n’espéraient plus qu’un retour à la normale.
Mais cet espoir a été déçu par les vols, exactions et meurtres commis par les forces russes sous le prétexte de pourchasser les rebelles. À la nuit tombée, les habitants de Grozny racontent qu’ils se terrent chez eux, vivant dans la crainte d’enlèvements nocturnes par des hommes armés et masqués. Des disparitions attribuées essentiellement aux forces russes et aux membres des milices tchétchènes prorusses.
Alors que les autorités russes préparent la tenue de l’élection présidentielle en Tchétchénie, les séparatistes ont accentué leur guérilla. Les Tchétchènes affirment ne pas se soucier de qui tient le pouvoir, aussi longtemps qu’ils pourront bénéficier de l’électricité et de l’eau courante.
« Qu’il y ait juste de la stabilité », demande Elmira, 28 ans, qui vit dans un refuge temporaire dans la capitale. Mais le ressentiment à l’égard des troupes fédérales affleure sous de tels propos, et nombre de Tchétchènes soutiennent, directement ou non, ceux qui combattent pour le départ des Russes.


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