« Je n’ai jamais eu beaucoup d’espoir dans ce processus de toutes façons, l’une des raisons étant que je me doutais que ces attaques allaient continuer », a commenté un diplomate.
Dans l’immédiat, ces trois nouveaux attentats-suicide, qui ont coûté la vie à neuf Israéliens, ont accru le danger pour le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, que le gouvernement israélien d’Ariel Sharon accuse d’avoir scellé une « alliance » avec les mouvements islamistes pour « saboter » la mission du nouveau Premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas (Abou Mazen).
Le plan de paix international, rendu public le 30 avril, la « feuille de route », impose à M. Abbas de mettre fin aux attentats anti-israéliens.
Faisant écho à la position israélienne, le secrétaire d’État américain, Colin Powell, avait affirmé le 11 mai à M. Abbas qu’il attendait de lui une action « rapide et décisive » contre les groupes armés palestiniens, laissant entendre qu’il s’agissait d’une condition sine qua non à l’application de la « feuille de route ».
« S’il n’y a pas de lutte contre le terrorisme » de la part des Palestiniens, « il n’y a pas de “feuille de route” et pas de processus de paix », estime l’analyste israélien Gerald Steinberg, qui prédit « des actions militaires israéliennes accrues ».
Ces attentats-suicide sont survenus juste avant et tout de suite après la première rencontre entre les Premier ministres israélien et palestinien.
Mais loin de mettre la « feuille de route » sur les rails, ce « sommet » et, surtout, la vague de violence qui lui a servi de toile de fond ont illustré l’impasse totale dans laquelle se trouve ce plan de paix, que le gouvernement israélien se refuse d’ailleurs toujours à adopter en l’état.
M. Sharon a affirmé à M. Abbas qu’Israël ne ferait rien tant que les Palestiniens n’auraient pas pris des mesures pour stopper le terrorisme.
M. Abbas, selon un communiqué de son ministre de l’Information, s’est dit prêt à respecter les engagements que lui impose la « feuille de route », mais a clairement mis comme condition que le gouvernement israélien adopte d’abord ce plan.
Or, il est clair que le gouvernement de M. Sharon, qui a soumis à Washington une quinzaine d’amendements à ce document, n’acceptera pas dans son état actuel la « feuille de route », qui prévoit la création par étapes d’un État palestinien d’ici à 2005.
« La question est de savoir qui va commencer, affirme Abdullah al-Hourani, ancien membre du Comité exécutif de l’OLP. C’est toujours la même histoire de la poule et de l’œuf. »
Les Palestiniens estiment que seule une forte pression américaine sur Israël pourrait forcer M. Sharon à accepter la « feuille de route » et à prendre des mesures pour aider Abou Mazen.
Mais « les Américains ne sont pas sérieux » à propos de ce plan, estime M. Hourani. « Depuis le début, je n’ai jamais pensé que cette “feuille de route” avait un avenir », lâche-t-il.
Politiquement, M. Sharon, qui a reporté un voyage à Washington, où il devait rencontrer le président George W. Bush, se trouve en position de force face à Abou Mazen.
« Tant que ces attaques continueront, l’Administration Bush ne fera pas pression sur Sharon », estime le diplomate cité précédemment sous le couvert de l’anonymat.
« Abou Mazen a un temps limité », pour agir contre les groupes armés et obtenir des résultats, ajoute-t-il, mais « si la situation ne change pas », c’est-à-dire si les attentats continuent, « alors Abou Mazen est fichu ».
Les deux attentats-suicide de Jérusalem prouvent aussi de manière éclatante que, malgré la réoccupation quasi totale de la Cisjordanie depuis un an, l’armée israélienne ne parvient pas à démanteler l’infrastructure des groupes armés.
« La publication de la “feuille de route” était prématurée », car « les conditions nécessaires pour mettre fin à la violence n’existent pas encore », affirme M. Steinberg.


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