« Il y a eu un consensus, selon lequel nous ne pouvons pas attendre de l’Irak qu’il effectue des remboursements de sa dette, au moins jusqu’à la fin 2004 », a annoncé à la presse le secrétaire américain au Trésor John Snow, au terme d’une réunion des ministres des Finances du G8 (États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada, Russie).
Les ministres européens qui, depuis la victoire militaire américaine, sont plutôt réservés sur un geste en faveur de l’Irak concernant sa dette ont partagé cette analyse, a indiqué un responsable financier européen.
Les Américains, il est vrai, ne parlent plus d’annuler une partie de la dette irakienne. Peu après la victoire militaire sur le régime de Saddam Hussein, certains faucons de l’Administration du président George W. Bush, comme le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz, avaient demandé aux pays du camp de la paix – France, Allemagne, Russie – d’effacer tout ou une partie de leur créance vis-à-vis de l’Irak.
Une dette
de 127 milliards de dollars
La dette extérieure de l’Irak est évaluée à environ 127 milliards de dollars, mais les chiffres avancés se montent à 400 milliards de dollars, si on y inclut les réparations de guerre, en particulier celles liées à l’invasion du Koweït en 1990.
Les États-Unis ont expliqué à l’Onu, en présentant leur projet de résolution sur l’après-guerre en Irak, que le pays avait besoin d’un délai de grâce et que les revenus pétroliers devaient être protégés pendant un certain temps des réclamations des créanciers. Les revenus du pétrole, dont l’Irak détient les deuxièmes réserves au monde, seraient ainsi utilisés à la reconstruction et au développement du pays plutôt qu’à rembourser les créanciers.
Ce projet de résolution est actuellement en discussion au Conseil de sécurité de l’Onu.
Le Fonds monétaire international (FMI) va par ailleurs aider à préciser le montant exact de la dette irakienne, surtout celle contractée à l’égard de pays qui ne sont pas membres du Club de Paris, qui regroupe les principaux créanciers publics. Il s’agit essentiellement de pays du Moyen-Orient et d’Europe de l’Est.
« Nous avons formellement demandé au FMI (Fonds monétaire international) d’évaluer la situation de la dette à l’égard des pays n’appartenant pas au Club de Paris », a annoncé John Snow.
John Snow a par ailleurs ajouté qu’il avait insisté sur l’importance de commencer « un processus permettant à des pays de donner des fonds pour la reconstruction de l’Irak ». Aucun agenda n’a cependant été fixé pour la convocation d’une conférence des donateurs.
Gestion souple du cas irakien
Le secrétaire au Trésor a aussi demandé à ses collègues, ministres des Finances, de faire des efforts pour libérer les avoirs irakiens gelés, tout en continuant à traquer les avoirs de personnes liées au régime de Saddam Hussein.
Le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, a reconnu que « chacun sait que l’Irak n’est pas du tout en mesure d’honorer sa dette ». « Le Club de Paris, pour l’heure, s’occupe d’éclaircir la situation de la dette, qui n’est pas encore claire à tous les niveaux », a-t-il ajouté.
« L’Irak est potentiellement un pays très riche (...). Il deviendra un pays florissant », a insisté le ministre allemand.
Les ministres du G8 ont également appelé le Club de Paris à accroître sa souplesse dans la gestion des cas de pays très endettés, mais pas forcément très pauvres, ce qui pourra bénéficier à l’Irak.

