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Courrier La liberté d’aimer interdite à Beyrouth

Ils interdisent aux jeunes de notre pays de se mêler de politique, d’exprimer leurs idées, de se tatouer, de porter leurs cheveux longs, d’écouter de la musique rock. Soit. Sauf que leur dernière invention est énorme : ils ont décidé de leur interdire de se tenir par la main, de s’enlacer, d’exprimer leur amour en public.
Trop, c’est trop.
J’ai vu cela de mes propres yeux, mardi, dans le jardin public des thermes romains du centre-ville. J’ai vu, à 17 heures, deux jeunes gens et deux jeunes filles d’à peine dix-sept ans en larmes, en train de supplier des éléments des forces de l’ordre de ne pas les emmener au poste de police. J’en demande la raison. Elle me laisse pantoise : « Ils s’enlaçaient en amoureux dans un lieu public. »
Trop, c’est trop.
J’ai essayé de raisonner le gendarme en lui rappelant que nous sommes dans un pays civilisé, en lui expliquant qu’il serait fort dommage que les touristes, nombreux en cette saison, assistent à ce genre de scène. Je lui ai également rappelé qu’il avait fort et mieux à faire – poursuivre les voleurs, les violeurs, les malfaiteurs –, plutôt que de laisser libre cours à ses frustrations, et s’en prendre à une jeunesse dont le seul « crime » est de s’aimer, en toute innocence.
Mais, peine perdue. Deux autres membres des forces de l’ordre arrivent avec un fourgon, déterminés à emmener de force les quatre adolescents au poste de police de Borj. L’un d’eux m’agresse, même, en menaçant de m’embarquer également si je continuais à intervenir. Il me hurle, au passage, que c’est le procureur général qui leur a demandé d’appliquer une loi qui dit que se tenir par la main et s’embrasser en public sont des atteintes aux bonnes mœurs.
Trop, c’est trop.
Nous aimer les uns les autres après vingt ans de guerre est devenu au Liban passible de prison et cause d’humiliation. Une raison de plus pour nos jeunes de quitter mon très cher Liban pour pouvoir s’exprimer et s’aimer ailleurs.
À ces jeunes que j’ai essayé de défendre en vain, je leur dis de ne pas avoir peur de s’aimer malgré tout, c’est leur droit. À leurs parents, de ne pas les punir d’avoir été emmenés au poste de police. Et aux FSI de ne plus éduquer à leur façon les jeunes qui s’aiment, et d’aller remplir leur vrai devoir, avec les vrais hors-la-loi. Enfin, aux Libanais, je leur demande de ne pas passer à côté de tout ce qui se passe chaque jour sous leurs yeux sans s’arrêter, sans prendre la peine de dire un mot, d’essayer de faire évoluer les petites choses, en attendant les plus grandes.

Ghada el-Khelly
Ils interdisent aux jeunes de notre pays de se mêler de politique, d’exprimer leurs idées, de se tatouer, de porter leurs cheveux longs, d’écouter de la musique rock. Soit. Sauf que leur dernière invention est énorme : ils ont décidé de leur interdire de se tenir par la main, de s’enlacer, d’exprimer leur amour en public.Trop, c’est trop.J’ai vu cela de mes propres yeux, mardi, dans le jardin public des thermes romains du centre-ville. J’ai vu, à 17 heures, deux jeunes gens et deux jeunes filles d’à peine dix-sept ans en larmes, en train de supplier des éléments des forces de l’ordre de ne pas les emmener au poste de police. J’en demande la raison. Elle me laisse pantoise : « Ils s’enlaçaient en amoureux dans un lieu public. »Trop, c’est trop.J’ai essayé de raisonner le gendarme en lui rappelant...