Sorties prévues pour le jeudi 5/6 (sous réserve)
– Heaven, de Tom Tykwer, avec Cate Blanchett et Giovanni Ribisi.
– Anger Management, de Peter Segal, avec Jack Nicholson, Marisa Tomei, Adam Sandler, Woody Harrelson et John Turturro.
– The 51st State, de Ronny Yu, avec Samuel L. Jackson.
Suspense au bout du fil
Phone Booth,
de Joel Schumacher
Le cinéma américain a déjà utilisé le téléphone comme élément-clé d’une intrigue dramatique. En 48, dans Sorry, Wrong Number (Raccrochez, c’est une erreur), d’Anatole Litvak, Barbara Stanwyck était harcelée au téléphone par un homme menaçant; en 77, dans Telefon, de Don Siegel, le suspense relevait de l’espionnage (Charles Bronson était un agent soviétique en mission très spéciale). Dans le film de Schumacher, un tueur mystérieux – et caché, bien entendu – est à l’œuvre.
Un homme des médias, Stu Shepard (Colin Farrell), passant à côté d’une cabine téléphonique (vide), répond instinctivement à la sonnerie. Curiosité mal placée: une voix, au bout du fil, lui conseille de ne pas raccrocher – sinon il est un homme mort! Ce point de départ, et ce qui va s’ensuivre, est un peu difficile à accepter. Mais si l’on entre dans le jeu, le suspense fonctionne. Parce que le film est habilement fabriqué. Et c’est même cette habileté qui, paradoxalement, nous donne, de bout en bout, une impression d’artifice. Sans compter qu’on relève, dans le déroulement des faits, une faille surprenante qui paraît avoir échappé tant à la script-girl en fonction, sur le tournage du film, qu’à l’équipe de policiers (dans l’histoire qui nous est montrée) accourus sur les lieux. Lorsqu’un individu douteux se dirige vers la cabine pour malmener Stu qui monopolise (bien malgré lui) le téléphone, il est abattu par le tueur (non localisé). Et Stu est unanimement accusé de l’avoir descendu: ce qui est matériellement impossible, l’homme ayant été atteint dans le dos. Il reste au spectateur de surveiller avec soin cette séquence. Curieuse négligence...
Colin Farrell, un acteur qui s’impose de plus en plus, est soumis à une rude épreuve, dont il se tira correctement. Forest Whitaker, en officier de police, dirige les opérations avec la sobre efficacité dont il a toujours su faire preuve.
Circuit EMPIRE – ESPACE
Pas vus
Bringing Down the House,
d’Adam Shankman
Après la révélation (au cinéma) de l’explosive Queen Latifah (on n’a pas oublié son ébouriffante prestation en gardienne de prison dans le Chicago de Rob Marshall), il semble bien qu’on se soit empressé de tailler cette comédie aux mesures (opulantes) de la créature en question. Des ressources, Queen Latifah n’en manque pas et elle les utilise avec une générosité sans limites. La voici donc en évadée de prison (coïncidence!), menant la vie dure à l’avocat Steve Martin. Dans un rôle secondaire, Joan Flowright, une actrice qui connut une semi-célébrité.
CONCORDE, FREEWAY, ABRAJ, ZOUK
Nid de guêpes,
de Florent-Émilio Siri
Quand le cinéma français fait dans le genre action à la manière américaine (suite). Seule originalité (relative): c’est une femme (Nadia Fares) qui est en charge de l’opération policière. Situations standards, action violente et le reste. On connaît. L’interprétation apparaît efficace, avec aussi Samy Naceri (le chauffeur des Taxi), Benoît Magimel, Pascal Greggory, etc.
EMPIRE/SODECO/GALAXY, ESPACE, St-ÉLIE
Retour
The Matrix Reloaded,
de Larry et Andy
Wachowski
Avant tout, un conseil/avertissement. Lorsque se termine le film, gardez-vous de quitter la salle. Après avoir subi le long générique final (dans les 10 minutes), vous aurez droit à la bande-annonce du troisième (et dernier) volet de The Matrix: Revolutions (sortie prévue fin octobre-début novembre, cette année, rassurez-vous). Cela ne se manque pas. À condition: 1° que ce «trailer» soit programmé comme il convient. 2° que le projectionniste de service veuille bien le passer – ce qui n’est pas garanti au cas où la salle est vide (les réactions de nos lecteurs seraient appréciées).
Interrogez, autour de vous, des personnes ayant vu le film. Les opinions sont partagées, souvent contradictoires: du rejet quasi complet à l’admiration, en passant par la fascination. Un seul point commun: à peu près tout le monde sort de cette expérience vaguement déboussolé. On aurait souhaité que les portes qui s’ouvrent de-ci de-là dans le film (avec vue sur le monde «normal» qui n’est que virtuel) contribuent à formuler un début d’explication à ces mystères intrigants. À propos de portes, les clés ne manquent pas dans le film, mais elles sont détenues par un «Maître» asiatique, lui-même fort énigmatique.
À mesure que le film avance, notre imagination travaille (le raisonnement et encore moins la logique sont inutiles ici), essayant d’esquisser d’incertaines et vacillantes théories. Ambition et secrets se partagent le matériau d’un film qui hantera forcément nos mémoires. On pourrait terminer sur une citation des Wachowski Bros, relativement modestes et comme assagis: «Nous aimons les films d’action, le kung-fu, et toutes sortes de films de genre. Nous voulons juste qu’ils soient plus intelligents, qu’ils aient des résonances sociales ou politiques, que l’enjeu ne soit pas uniquement de passer un bon moment en les voyant.» Dans ce cas, pari gagné.
Circuit EMPIRE – ESPACE
Ciné-clubs
• Ciné-club de l’École supérieure des
affaires
Début du nouveau cycle «Aperçu iranien»: Kandahar, un film de Mohsen Makhmalbaf (2001), avec Nelofer Paziza, Hassan Tantaj, Sadou Teymouri (durée: 1h25). Sous le couvert d’une fiction plus réaliste que romanesque, une dénonciation directe de la condition des femmes dans l’Afghanistan des talibans. Le périple de Nafas, du Canada jusqu’à Kandahar, prend figure de document vivant et, surtout, vrai. À voir.
Esa, rue Clemenceau, mardi 3 juin,
à 20h30
Une manifestation culturelle à signaler:
• La Semaine du cinéma chilien, organisée par l’institut Cervantès de Beyrouth, se termine aujourd’hui, vendredi 30 (à 18h30), avec la projection du film de Silvio Calozzi, Couronnement (titre original: Coronacion). V.o. espagnole, sous-titres en anglais.
CARNET
Disparition: Jean Yanne,
le rire et la provocation
Trois titres de sa filmographie peuvent donner une idée du caractère de l’acteur/cinéaste, et aussi de l’agressivité de son œuvre. Jean Yanne réalise, en 72, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil – en 73, Moi y’en a vouloir des sous – et, en 75, Chobizenesse. Du caractère, il faut dire que Jean Yanne n’en manquait pas: il ne ménageait rien, ni personne. Avec bonne humeur (du moins dans ses films), même s’il lui arrivait de piquer des colères homériques.
De son vrai nom Jean Gouyé, il était né à Paris, en 1933. Dès ses débuts dans la vie, il se frotte à tous les médias possibles (à l’exception d’un bref passage par le music-hall). Il est, successivement, journaliste, homme de radio avant de trouver son premier rôle au cinéma, dans le film d’Alain Jessua, La vie à l’envers (64).
Les meilleurs réalisateurs vont faire appel à ses talents d’acteur: Jean-Luc Godard (Week-end – 67) – Gérard Pirès (Erotissimo – 68) – et surtout Claude Chabrol (Que la bête meure, en 69, et Le boucher, en 70).
Dans ces deux derniers films – par ailleurs du grand cru chabrolien – Jean Yanne révèle un étonnant tempérament dramatique. Un don confirmé avec sa création dans le film de Maurice Pialat, Nous ne vieillirons pas ensemble (aux côtés de Marlène Jobert), qui lui vaut, en 72, la palme du meilleur acteur au Festival de Cannes.
La même année, il passe derrière la caméra en signant son premier film (qui ne passe certes pas inaperçu), Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (l’expression est restée dans le langage courant). La publicité des médias en prend de rudes coups dans cette satire volontiers outrée. Nourri dans le sérail, Yanne en connaissait les détours (et les mauvais tours): il va donc récidiver en donnant, outre les deux autres films cités plus haut, Les Chinois à Paris (74) – Je te tiens, tu me tiens par la barbichette (79) – et Liberté, égalité, choucroute (85). À cette liste, on peut ajouter un titre typique de sa manière: Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (82).
Tout cela sans interrompre – mais avec moins de succès – sa carrière d’acteur. Le temps du retrait, sinon de la retraite, était venu pour Jean Yanne. Beau, il ne le fut pas précisément... Gentil? C’est une autre drôle d’histoire!


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