Le « Mur », nom donné à ce qui est en fait un ensemble massif comprenant un mur proprement dit ou une clôture, des tranchées et des chemins de patrouille, a été vivement critiqué dimanche par la conseillère du président George W. Bush pour la Sécurité nationale, Condoleezza Rice, lors de sa rencontre avec le Premier ministre israélien Ariel Sharon. Selon le quotidien Yediot Aharonot, Mme Rice a déclaré à M. Sharon que la construction de cet ouvrage était perçue par les Palestiniens comme le tracé arbitraire, par Israël, de la frontière d’un futur État palestinien.
Or, ce tracé doit être déterminé par des négociations, selon la « feuille de route », le dernier plan de paix international qui semble enfin sur le point de décoller. « Je vous propose de revoir le tracé de cette clôture », aurait lancé Mme Rice à M. Sharon. À quoi M. Sharon aurait répondu : « Si nous avons à choisir entre un conflit avec les États-Unis et le fait (d’empêcher) des terroristes de se faire exploser ici, le choix est clair. Il s’agit de la sécurité des citoyens d’Israël et il n’y aura aucun compromis à ce sujet ». Le caractère tranchant de cette réponse est d’autant plus significatif que l’une des priorités absolues de M. Sharon est en général d’éviter les sujets de friction avec les États-Unis, son principal allié.
Le plus curieux dans la position intransigeante de M. Sharon est qu’il a longtemps été très méfiant vis-à-vis de ce projet, qui est en fait une initiative de la gauche, et notamment du Parti travailliste. Cette barrière de sécurité est une réponse aux incursions meurtrières palestiniennes à partir de la Cisjordanie et la conséquence d’un constat fait par les Israéliens : aucun kamikaze n’était jamais venu de la bande de Gaza, séparée d’Israël par une clôture pourtant bien moins perfectionnée que celle en cours de construction en Cisjordanie. La clôture pourrait toutefois être moins efficace que prévu puisque le 17 juin des aciéristes palestiniens venus de Kalkiliya en Cisjordanie sont parvenus à franchir ce mur.
La droite nationaliste qui prône Eretz Israël, c’est-à-dire Israël dans ses frontières bibliques (incluant donc la Cisjordanie), s’est au départ opposée à ce projet, de crainte qu’il sépare les colonies du territoire israélien. Mais « il y a une pression publique, particulièrement de la part de gens qui vivent dans certaines zones, pour construire cette clôture », commente un conseiller diplomatique de M. Sharon, Zalman Shoval. De fait, tous les sondages montrent qu’une forte majorité d’Israéliens est pour ce mur.
« Si l’Autorité palestinienne avait été plus efficace dans le passé pour mettre fin à la violence, cette question de la clôture n’aurait jamais existé », dit M. Shoval, assurant que l’ouvrage est purement défensif et qu’il ne s’agit pas d’imposer une frontière aux Palestiniens. Mais ceux-ci font remarquer que le tracé de cette clôture, loin de coïncider avec la « ligne verte », est constamment déplacé vers l’est, c’est-à-dire vers l’intérieur de la Cisjordanie, au point que 10 % de ce territoire sera « confisqué » par Israël, selon une ONG palestinienne, Pengon.
Au départ opposés à ce projet, les colons s’y sont résignés et ont décidé d’en tirer le meilleur parti possible, afin que le nombre maximum de colonies se retrouvent côté israélien. En certains endroits, le tracé de cette clôture passe ainsi à 6 km à l’intérieur de la Cisjordanie.
400 000 palestiniens coincés
À terme, « 91 % des colonies seront annexées à Israël par ce mur », affirme le coordonnateur de Pengon, Jamal Jumaa. Des annexions qui ont, selon des informations publiées par le quotidien français Le Monde, multiplié par deux la longueur initiale du mur de 8 mètres de haut. À l’origine estimée à 350 kilomètres, sa longueur totale devrait en effet atteindre les 600 kilomètres pour un coût total de 1,5 milliard de dollars. Autre problème de taille révélé par Le Monde, « le tracé du mur laisse désormais côté israélien une quinzaine de villes et de villages palestiniens ». Ainsi, si le projet est mené à son terme, quelques 400 000 Palestiniens devraient se retrouver de fait « coincés entre la ligne verte qu’il leur est de facto interdit de franchir et le mur ». Aujourd’hui, un an après le lancement des travaux, 40 kilomètres ont été construits à la fin du mois, 100 kilomètres supplémentaires devraient avoir été bâtis.

