Depuis le CE de Madrid le 17 décembre dernier, octroyant une place entière à l’Océanie pour la phase finale du Mondial, la Conmebol a clamé haut et fort sa colère, cette demi-place ayant été prise sur son quota. En vieux routiers de la politique dans les couloirs du pouvoir, ses représentants n’ont eu de cesse de rechercher des alliés pour obtenir les fameux deux tiers lui permettant de remettre en cause un vote du CE.
Le Suédois Lennart Johansson, président de la puissante Union européenne de football (UEFA), ne pouvait rater une aussi belle occasion de glisser une dernière peau de banane sur la route de son vieux rival Joseph Blatter. « Après d’intenses négociations avec le président de l’UEFA, Lennart Johansson, Ricardo Teixeira (le président de la Fédération brésilienne) a obtenu que l’équipe d’Amérique du Sud qui termine à la 5e place des qualifications de la zone Amsud au Mondial 2006 puisse disputer un barrage contre le vainqueur de la zone Océanie (...) De cette manière, la Conmebol pourra avoir cinq représentants à la prochaine Coupe du monde 2006 de football », soulignait hier M. Teixeira sur le site de la fédération, confirmant l’alliance avec l’Europe.
« Pas fier »
Après le vote du CE accordant une demi-place supplémentaire en faveur de la Conmebol, avec 22 voix pour, une seule contre (Océanie) et une abstention (« la mienne »), le président de la Fifa avouait « ne pas être très heureux ». Par effet boule de neige, les autres confédérations se sont alignées sur cette alliance pour éviter de se retrouver impliquées. En fait, comme le soulignait M. Blatter, l’Océanie n’avait plus « que les yeux pour pleurer » et « à ceux qui défendent l’universalité du football et du jeu, de faire amende honorable ».
« La Fifa devrait déchirer son slogan pour le bien du jeu et le jeter par la fenêtre. C’est une décision pour satisfaire les superpuissances du football. C’est un vote en faveur du plus fort, et pas pour le bien du jeu », a commenté, scandalisé, Franck Farina, le sélectionneur de l’équipe d’Australie.
« À quoi bon une Confédération océanienne ? Ils n’ont aucun respect pour cette région ! », a ajouté M. Farina alors que les représentants de l’Océanie ont quitté samedi le CE avant la fin et n’excluent pas aujourd’hui de rallier la Confédération asiatique. Obligé de voter comme l’Europe, dans la mesure où il siège également au CE de l’UEFA, Michel Platini, candidat déclaré à la succession de M. Johansson, avouait « ne pas être très fier de cette décision (...) même s’il est difficile de se faire entendre quand on est un jeune dirigeant ».
Pour essayer de sauver les apparences, M. Blatter a mis un bémol au triomphalisme sud-américain. Il a en effet annoncé que les deux dernières places qualificatives pour le Mondial 2006 et 2010 pourraient être attribuées à l’occasion d’un tournoi entre les représentants des quatre confédérations possédant une demi-place (Asie, Conmebol, Océanie et Concacaf). Cette formule doit encore être soumise à l’approbation du prochain CE.
L’Océanie ne décolère pas
Pour sa part, la Confédération de football de l’Océanie s’est vivement élevée hier contre cette décision jugée surtout politique.
« À mon avis, cete décision est une honte et je pense qu’elle est politiquement motivée pour laisser la place aux puissants Sud-Américains », a déclaré à l’agence de presse australienne AAP le président de la Confédération océanienne, Basil Scarsella. « C’est contraire à toute éthique, c’est immoral, appelez-ça comme vous le voulez. »
Scarsella a affirmé que la Fifa avait évoqué la piètre performance du représentant de l’Océanie à la Coupe de la confédération disputée en France, la Nouvelle-Zélande, ainsi que les problèmes administratifs rencontrés par le footbal australien pour expliquer ce revirement.
« Dans mon esprit, ce sont plus des excuses que des raisons. Le comité exécutif de la Fifa nous avait massivement soutenus dans le passé et il vient d’effecter un virage de 180° ».
Interrogé hier à la télévision australienne, le président de la Confédération océanienne a surenchéri : « Il s’agit, à l’évidence, d’un échec important pour le football de notre région (...) ainsi que pour la crédibilité de la Fifa. Tout le monde se moque de nous sur la planète football. Même lorsque nous battons l’équipe d’Angleterre (3-1 en début d’année), on continue à nous traiter comme un coin paumé. »


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