Film-«catastrophe»: la dénomination ne convient que trop bien à «The Core», de Jon Amiel.
Troisième sortie de la semaine: «The Foreigner», de Michael Oblowitz, avec Steven Seagal, qui tient lui-même le rôle de la catastrophe.
Sorties prévues pour le jeudi 3/7 (sous réserve)
– Charlie’s Angels 2, de McG, avec Cameron Diaz, Drew Barrymore, Lucy Liu et Demi Moore.
– The Lizzie McGuire Movie, de Jim Fall, avec Hilary Duff, Yani Gellman, Robert Carradine.
– The Wild Thornberry’s Movie, animation, de McGreth et Malkasian.
Le roi est mort, vive
Cromwell!
To Kill a King,
de Mike Barker
Une fois de plus (voir les cas récents de Quiet American et Gangs of New York), se pose le problème irritant des films à contexte historique tels qu’on les réalise de nos jours. Dès l’ouverture du film, le spectateur se trouve plongé dans une action dont il ignore les composantes: lieu, époque, raison des affrontements et motivations des personnages, etc. Il suffirait pourtant d’un encart de quelques lignes, bien lisible sur l’écran, pour qu’on sache à quoi s’en tenir [1].
Nous sommes donc dans l’Angleterre du XVIIe siècle (vers 1645), où la guerre civile fait rage depuis trois ans. Elle oppose les troupes fidèles au roi Charles Ier et l’armée «modèle» commandée par le général Thomas Fairfax, assisté d’Oliver Cromwell, chef du parti des «Puritains». Ces derniers veulent en finir avec la corruption de la cour. La bataille à laquelle nous assistons – filmée avec un réalisme implacable – marque la victoire des Puritains. L’ère des complots, retournements et autres trahisons va commencer. Le roi essaie de maintenir son pouvoir, désormais fragilisé; si Fairfax et Cromwell sont amis et alliés, leurs intentions diffèrent: le premier se contenterait d’une réforme modérée de la monarchie, le second entend éliminer le roi et prendre la tête du pays. Après bien des rebondissements dramatiques, Cromwell parviendra à ses fins: Charles Ier ayant été déposé, puis exécuté, le «Puritain» installera une dictature sans partage... [2].
On pense, bien sûr, aux tragédies de Shakespeare, mais le film de Mike Barker manque justement du souffle shakespearien (et de la poésie tragique et épique des dialogues). Le film se présente comme une suite de tableaux, d’ailleurs superbement composés et illustrés (à la manière de l’Elizabeth de Shekkar Kapur, en 98). To Kill a King aurait souffert de divers problèmes au niveau de la production, ce qui aurait pu gêner la réalisation telle que la concevait le metteur en scène. Il reste à souligner l’ambition du cinéaste – une qualité pas si courante! – et l’intérêt du spectacle.
Les interprètes sont impeccables. De Tim Roth en Cromwell à Dougray Scott en Fairfax, en passant par Rupert Everett, quasiment méconnaissable en Charles Ier, l’homogénéité est sans faille. Il reste à espérer que le film pourra trouver son public.
[1]: Dyma Demirdjian se charge par ailleurs, ici même, de préciser les données historiques du film, ainsi que de la présentation des principaux personnages.
[2]: Un film, tout simplement intitulé Cromwell et assez platement réalisé par Ken Hughes, avait été consacré (en 70) au dictateur (rôle tenu par feu Richard Harris).
Retour sur «To Kill a King»,
de Mike Barker
To Kill a King relate l’histoire de trois personnages-phares de l’Angleterre durant le XVIIe siècle: Oliver Cromwell (Tim Roth), Sir Thomas Lord Fairfax (Dougray Scott) et le roi Charles Ier (Rupert Everett). Cromwell, lord-protecteur d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, puritain convaincu, fut élu en 1640 à la Chambre des communes. Dénonçant le système de pouvoir absolu du roi (Charles Ier gouverna seul, de 1629 à 1640), il devint rapidement le chef de l’opposition à l’arbitraire royal. À sa demande, l’armée fut réorganisée: les paysans et les artisans représentaient alors l’essentiel des troupes et des officiers «simples», l’organisation fut centralisée et les soldes payées régulièrement (New Model Army). Le chef de l’armée était Lord Fairfax (Cromwell étant son adjoint). Il remporta la victoire de Naseby (bataille décisive durant la première guerre civile), le 14 juin 1645, sur les troupes royales. Amis durant la guerre, Fairfax et Cromwell défendirent par la suite des idéaux politiques opposés, notamment sur leur vision de la nouvelle Angleterre. Fairfax se montra d’ailleurs hostile à la condamnation du roi, lequel fut jugé et exécuté le 30 janvier 1649, suite à l’épuration du Parlement par l’armée de Cromwell. Un an plus tard, il résigna son statut de chef général de l’armée. Bien que la République fut proclamée, le régime devint en réalité despotique. Cromwell en fut le dictateur pendant 5 ans. À sa mort (1658), les Anglais rétablirent la monarchie, Fairfax fut d’ailleurs un des artisans de la restauration de Charles II.
EMPIRE/DUNES/SODECO (Salle Six), MKALLÈS,
ESPACE, St-ÉLIE
Catastrophe généralisée
The Core,
de Jon Amiel
Ouverture: des catastrophes frappent divers lieux de la planète. Suite: les savants découvrent que le noyau central de notre Terre cesse de tourner comme il le devrait. Conséquence: notre champ magnétique se dégrade. Bref, nous sommes tous fichus. Il y a un remède: envoyer vers le centre de la planète une super-fusée foreuse, pourvue d’une charge explosive qui remettra en marche le mécanisme central (ledit remède ne sera-t-il pas pire que le mal?!). Qui dit science-fiction implique moyens appropriés: le film en manque cruellement. On suit donc (patiemment?) la progression de la fusée (incidents divers), en sachant bien que nous serons sauvés – une fois de plus: nous sommes à Hollywood, USA. Rien à ajouter: acteurs inconnus, encore que fonctionnels.
EMPIRE/SOFIL, CONCORDE, KASLIK, FREEWAY, ABRAJ
En bref
The Foreigner,
de Michael Oblowitz
Figé et indéracinable, Steven Seagal exécute sa mission sans fin. Au moins, avec lui, on sait à quoi s’attendre: au pire. C’est le cas.
EMPIRE/SODECO/GALAXY, ESPACE, FREEWAY
l’actualité
• The Matrix n° 2 (Reloaded) étant toujours sur nos écrans, signalons, à propos des auteurs de cette trilogie, Larry et Andy Wachowski, que le fraternel tandem envisage de réaliser un remake du film de John Milius, Conan the Barbarian (1982). La vedette en était Arnold Schwarzenegger qui, lui, revient très bientôt en Terminator n° 3, filmé par Jonathan Mostow.
• Ne quittons pas Hollywood. Après Michael Moore, Paul Schrader, Oliver Stone, Steven Soderbergh et Cie, voici que John McTiernan, à son tour, se déchaîne contre le «système» des grands studios. Voyez plutôt ce qu’il vient de sortir: «La malhonnêteté est la règle première d’Hollywood... Les responsables des studios ne connaissent rien au cinéma et n’aiment pas les films. Ce sont des commerciaux ou des politiciens qui pensent que c’est sympa de rencontrer Tom Cruise et John Travolta, mais qui ignorent si Fellini est mort ou vivant! Hollywood est aux mains d’ignares!» Sans commentaires... John McTiernan, un des spécialistes des films d’action hollywoodiens, est l’auteur (entre autres) des Die Hard n° 1 et 3, avec Bruce Willis (88 et 95); il vient de réaliser Basic, avec John Travolta, qui devrait sortir au Liban.
• Le duo gagnant du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, Jean-Pierre Jeunet (réalisateur) et Audrey Tautou (vedette), renoue une collaboration qu’on espère heureuse. Il s’agit de l’adaptation du roman de l’auteur à succès Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles.
• Hitler de nouveau dans l’actualité (cinématographique). Un nouveau film – qui n’est pas le premier à traiter ce sujet – va être réalisé sur les derniers jours (à Berlin) du dictateur nazi. Metteur en scène: Bernd Eichinger. Interprètes: Bruno Ganz (Hitler) et Julianne Koehler (Eva Braun, la compagne du dictateur). La sortie du film est prévue pour 2004.
Ciné-clubs
• Ciné-club de l’École
supérieure des affaires
Suite du cycle «Patchwork»: No Man’s Land, film bosniaque de Danis Tanovic (2000), avec Brancho Djuric, Katrin Cartlidge, Rene Bitorajac (durée: 1h38). Un film qui a fait partout une impression marquée: il a d’ailleurs obtenu l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. L’action, qui se situe (en 93) durant le conflit entre la Bosnie et la Serbie, isole deux soldats (ennemis) piégés dans une situation symbolique de l’absurdité de toutes les guerres. Ce qui n’empêche pas un certain humour, évidemment très noir. Une œuvre personnelle, brillamment conduite et, à sa manière hors normes, fascinante.
Esa, rue Clemenceau, mardi 1er juillet, à 20h30
• Ciné-Club du Centre
culturel français
– Clôture de la saison.
(Dernière des Journées du cinéma allemand, aujourd’hui, vendredi 27, à la salle Montaigne).
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR JEAN-PIERRE GOUX-PELLETAN


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