La Birmanie a, contre son gré, été sous les projecteurs de l’actualité aux réunions de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean), élargies ensuite à celles du Forum régional de l’Asean (FRA), qui comprend États-Unis, Union européenne, Russie et Chine. À l’heure où les États-Unis et l’Union européenne ont déjà renforcé leurs sanctions et le Japon menace de suspendre son assistance économique, Rangoon n’avait pas été la cible d’autant de pressions depuis des années. Fait sans précédent, l’Asean – largement encouragée par Washington et les Européens – a fait une entorse au principe cardinal de non-ingérence en appelant dans son communiqué final la Birmanie, l’un des siens, à « lever rapidement les restrictions » pesant contre Mme Suu Kyi.
« Les gens de l’Asean se sont rendu compte que la Birmanie n’est plus présentable du tout », estime un diplomate à Phnom Penh. « Puisque la méthode du club Asean n’a pas fonctionné, le club a donné une sanction à l’un de ses membres ». Mais quant aux effets de ces condamnations, Rangoon a déjà prouvé une grande imperméabilité aux critiques, fussent-elles virulentes et planétaires. « C’est très bien qu’ils l’aient fait, c’est un tournant », note un diplomate joint à Rangoon à propos de l’appel de l’Asean, mais « pour l’effet, ils sont totalement imprévisibles ». « Il n’y a aucun signe de libération imminente de Suu Kyi », ajoute-t-il.
Londres a annoncé que le prix Nobel de la paix était détenu dans la prison d’Insein, près de Rangoon. Des révélations qui, vu l’image particulièrement sinistre attachée à Insein, « apportent encore de l’eau au moulin » contre Rangoon, selon un analyste joint dans la capitale birmane. « S’ils étaient sensibles aux pressions, ils la libéreraient ces jours-ci », indiquait un diplomate à Phnom Penh.
Mais Win Aung n’a pas donné l’impression que les généraux se précipiteraient. « Nous voulons un retour à la normale », a-t-il expliqué à la BBC. « Ça veut dire à la vie avant le 30 mai », a-t-il dit en référence aux heurts à l’issue desquels Mme Suu Kyi a été arrêtée. « Mais d’abord il faut que la situation s’éclaircisse. » L’espoir réside désormais dans le fait que les pressions sur Rangoon ne vont pas s’arrêter là. « Ce n’est qu’un début de la part de la communauté internationale », note l’analyste, pour qui de plus en plus de pays poussent pour que « le cas de la Birmanie aille devant le Conseil de sécurité » de l’Onu.

