Volonté hargneuse, contre-attaques éclairs, dribbles en pagaille, frappes travaillées : la panoplie était complète face aux Colombiens. Comme pour les Lensois le 29 mars dernier (6-0, dont deux buts d’Henry, face à Malte), le cœur des Lyonnais a chaviré pour «Titi», auteur du penalty de la victoire (39e) et meilleur joueur de la partie, justement ovationné lors de sa sortie (85e).
À 25 ans, après 47 sélections – depuis le 11 octobre 1997 – et 19 buts, Henry endosse enfin un costume de patron. Il ne devrait pas le quitter de sitôt. Pourtant, celui-ci a longtemps paru un peu grand pour lui. Champion du monde et d’Europe certes, le natif des Ulis (Essonne) était toujours rangé dans la catégorie jeunes.
Un statut qui, au fil des saisons, lui convenait de moins en moins alors qu’il devenait un des meilleurs attaquants d’Angleterre avec Arsenal. Au point de susciter chez lui une certaine incompréhension, laquelle culmina lors du Mondial 2002.
Malgré sa nette préférence pour l’axe, Roger Lemerre s’entêta en effet à l’exiler sur le côté gauche. Un crève-coeur pour le Gunner, malheureux de trouver un sélectionneur désespérément sourd à ses requêtes et plus enclin à porter attention aux remarques des joueurs plus âgés.
« Au-dessus »
Un an après, la situation s’est renversée. Dès sa désignation, Jacques Santini n’a cessé de répéter qu’Henry, lequel évolue enfin dans l’axe, était un de ses hommes de base. Honoré par cette confiance, l’attaquant a pris ses responsabilités marquant 7 buts (dont 3 doublés) depuis et, surtout, prenant efficacement le relais des cadres aux performances cahin-caha (Desailly, Thuram, Lizarazu...) pour tirer l’équipe vers le haut.
« Il est au-dessus de ses coéquipiers actuellement », se réjouissait Santini il y a quelques semaines, ravi de voir celui qui a été élu meilleur joueur par ses pairs, cette saison en Angleterre, prendre de plus en plus de responsabilités.
Le rajeunissement opéré par le sélectionneur chez les champions d’Europe accroît en effet le rôle du Gunner, heureux de « montrer l’exemple sur le terrain ». « Ce serait dommage que les gars ne puissent pas se reposer sur moi. Il faut intégrer au mieux les nouveaux », explique-t-il.
« On a dû puiser dans nos ressources pour gagner. On a su tenir sur le plan mental à la fin où ils avaient plus de jus que nous », se réjouissait-il après coup mercredi soir après avoir fait preuve d’une détermination exemplaire sur le terrain.
Pourtant, celui qui vient de prolonger pour trois ans à Arsenal a encore son talon d’Achille. Si combatif soit-il, sa hargne lui joue des tours. Échaudé par une défense colombienne rugueuse, mais pas forcément violente, il a frôlé l’exclusion en taclant délibérément Ivan Cordoba par derrière (29e). « Ce n’est pas moi qui étais énervé. C’est lui qui m’a cherché alors que le ballon était à 30 mètres », se justifie-t-il. Ce genre d’action qui lui avait coûté très cher au Mondial 2002 face à l’Uruguay puisque, sur une action similaire, il avait regagné les vestiaires. Un comportement de « gamin » à bannir sous peine de voir son nouveau costume redevenir trop grand.

