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Hariri s’affirme résolu à amortir tous les chocs

Quelques heures avant la tenue d’un Conseil des ministres qui s’annonçait déterminant, Hariri répétait dans ses assises privées avoir pris la ferme décision de ne se disputer avec personne. Ni avec Lahoud, ni avec Berry, ni avec Joumblatt, ni avec les ministres. Ni, surtout, avec la Syrie.
Il ajoutait qu’en acceptant l’arbitrage éventuel de l’urne, il savait que les résultats pourraient lui être défavorables. Même dans ce cas, répétait-il, il n’était pas disposé à se battre contre quiconque pour tenter d’infléchir le cours des choses. Il entendait donc laisser à la majorité la responsabilité de ses choix, fardeau qu’il ne souhaite pas supporter seul. Il ne bataillerait même plus pour le lancement du plan de privatisation, pour capital qu’il soit en regard de Paris II. Cela étant, le président Hariri attendait de connaître la position des ministres qui constituent ce que l’on appelle la troisième force, et qui doivent voter selon leurs convictions et selon leur conscience. Allant plus loin encore, il affirmait qu’il ne tenterait même pas de parler, d’exposer son point de vue, sur des questions litigieuses comme les nominations administratives, la CNSS ou la NTV. À l’en croire, en effet, il importe actuellement de faire passer avant tout la stabilité du pays. Ce qui implique la mise de côté de toute querelle. Cependant, l’affichage de ces bonnes intentions a de suite laissé plutôt sceptiques nombre de professionnels. Qui se sont demandé en effet, comment, en se montrant si réservé, le président du Conseil pourrait résister aux coups de boutoir de ceux qui veulent l’éjecter. En vue de se faciliter les choses pour l’échéance présidentielle. S’il leur donne un doigt, disent-ils, ils lui happeraient le bras, comme le veut un adage local. Certains observateurs avertis prédisaient hier matin que l’épreuve de force atteindrait son paroxysme à la rentrée, en octobre prochain. À la faveur d’une situation régionale qui risque, d’ici là, de devenir explosive. Prétexte dont on se servirait alors pour justifier le remplacement du cabinet des Trente actuel. Et, surtout, de son chef. Cependant, il existe un facteur primordial que personne ne peut ignorer : la récession. Pour y parer, il faut vraiment passer outre, pour de bon, à la soi-disant trêve, qui gèle ipso facto les projets dont le pays a besoin. Si la crise économique devait encore dégénérer, l’explosion sociale ne serait plus loin. Et pourrait emporter non seulement le gouvernement, mais le pouvoir dans son ensemble. Et le mandat du régime se terminerait dans les convulsions plutôt que dans les réalisations, comme il le souhaite. Pour amortir le choc, qu’il découle des tiraillements intérieurs ou des secousses régionales, le président Hariri a multiplié ces derniers temps les démarches explicatives auprès des pays donateurs ainsi qu’auprès du FMI. Il leur a exposé en détail les raisons pour lesquelles le Liban n’a pu tenir les engagements pris à Paris II. Selon des sources informées, il a réussi à marquer des points et ses interlocuteurs, compréhensifs, consentent à reporter les délais. Il reste à savoir quelles sont les marges de rattrapage. L’expérience n’est pas rassurante ; en général quand la fin d’un mandat présidentiel approche, le régime se trouve dans l’incapacité d’accomplir de grandes réalisations, parce qu’il est bloqué par une force d’inertie portée à son maximum. Il est évident que c’est encore plus aléatoire, plus difficile, à l’ombre de tiraillements internes persistants. Et qui risquent d’être attisés par la présidentielle. Toujours est-il que le pouvoir se doit de préserver un certain degré de stabilité, d’arrondir les angles et d’œuvrer à la réduction du déficit budgétaire ainsi que de la dette publique. On se demande toutefois si le gouvernement actuel vivra assez longtemps pour élaborer la prochaine loi de finances, qui doit être prête à la rentrée. Quant au président Hariri, sa carrière dépend bien plus des décideurs que de la force intrinsèque de ses adversaires ou de ses partisans.
Émile KHOURY
Quelques heures avant la tenue d’un Conseil des ministres qui s’annonçait déterminant, Hariri répétait dans ses assises privées avoir pris la ferme décision de ne se disputer avec personne. Ni avec Lahoud, ni avec Berry, ni avec Joumblatt, ni avec les ministres. Ni, surtout, avec la Syrie.Il ajoutait qu’en acceptant l’arbitrage éventuel de l’urne, il savait que les résultats pourraient lui être défavorables. Même dans ce cas, répétait-il, il n’était pas disposé à se battre contre quiconque pour tenter d’infléchir le cours des choses. Il entendait donc laisser à la majorité la responsabilité de ses choix, fardeau qu’il ne souhaite pas supporter seul. Il ne bataillerait même plus pour le lancement du plan de privatisation, pour capital qu’il soit en regard de Paris II. Cela étant, le président...