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IMPRESSION Tendances

À votre place, je mettrais les magazines féminins hors de la portée des enfants. Parce que les enfants, quand ils voient les pubs de vêtements, ils ne disent plus, comme vous, enfants : « Comme elle est belle cette dame ! », mais plutôt : « Qu’est-ce qu’il lui fait, le monsieur, à la dame ? » Le monsieur, il soulève la jupe du bout de son mocassin crocodile, sale bête mais qui n’a rien demandé. La dame, on ne voit pas son visage, mais de tout son corps elle semble n’attendre que cet hommage du pied. Pensez-vous, ce pied chaussé comme il l’est, ce n’est plus un membre inférieur, c’est la supériorité faite membre, c’est le membre détourné de sa fonction première. L’équation est simple : quand on est arrivé, on ne marche plus, on vole, on roule, et avec les pieds…on roucoule, darwinisme économique. Mais que fait-on avec le reste ? La dame ne regarde pas, elle semble trouver ça kif-kif, et c’est là que ç’est gênant, pour les dames qui la regardent et constatent la méprise, le mépris. Pour les enfants, on n’a plus qu’à se jeter sur « Mon corps illustré » pour bien remettre les choses en ordre. Plus loin, le modèle porte une jupe de cuir à godets. Mais comme dirait Magritte, ceci n’est pas une jupe. Au prix de la jupe, c’est un cul bordé de nouilles qui vous regarde dans les yeux, trônant sur une table patronale. Un cul si complaisant, si vous lui offrez la jupe de soumission. Message : laissez les jupes ordinaires pour le sexe ordinaire…Mais vous êtes gens d’exception. Et tout à l’avenant, on ne peut plus s’habiller ni porter un parfum sans afficher la pulsion intime qui vous fit succomber à l’achat du produit. La pub a banni l’innocence, faussé la spontanéité, banalisé jusqu’à la différence qu’on eût voulu avoir le choix d’exprimer, envahi le langage de la séduction. Plus sérieux, dans toutes les langues, on dit joliment « faire » l’amour. « Faire », verbe transitif qui exige un complément. Un verbe d’action et de création, parce que la relation à l’autre est toujours à construire. Voilà qu’il prend à la mode de servir l’amour tout fait, prêt-à-porter, à emporter, servir tiède, au besoin sans complément, sans accompagnement. Avec le vêtement, elle prétend vendre les préliminaires, abréger le parcours de la robe à la casserole : le temps, c’est de l’argent, précieux manque à gagner. Quelles que soient vos tendances, jetez-les aux orties. Il n’y a plus que « la » tendance. Celle de la saison en cours, qu’il faut suivre pour exister. Elle les résume toutes : homo, sado, maso, zoo… et si vous avez l’originalité de n’être ni l’un ni l’autre ou l’audace d’aimer sans chercher à provoquer, vous croirez vous contenter de basiques…mais sous la marque de votre vieux jeans, quelqu’un a déjà vendu un inédit du Kama-sutra. Hors du vêtement, point de salut sexuel. Que serait-ce si nous allions nus ? Fifi ABOUDIB
À votre place, je mettrais les magazines féminins hors de la portée des enfants. Parce que les enfants, quand ils voient les pubs de vêtements, ils ne disent plus, comme vous, enfants : « Comme elle est belle cette dame ! », mais plutôt : « Qu’est-ce qu’il lui fait, le monsieur, à la dame ? » Le monsieur, il soulève la jupe du bout de son mocassin crocodile, sale bête mais qui n’a rien demandé. La dame, on ne voit pas son visage, mais de tout son corps elle semble n’attendre que cet hommage du pied. Pensez-vous, ce pied chaussé comme il l’est, ce n’est plus un membre inférieur, c’est la supériorité faite membre, c’est le membre détourné de sa fonction première. L’équation est simple : quand on est arrivé, on ne marche plus, on vole, on roule, et avec les pieds…on roucoule, darwinisme économique....