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CONCERT - À l’église Saint-Joseph (USJ) Le destin entre héroïsme et passion(photo)

Une fois de plus la passion est en jeu. C’est sous le signe de l’éternelle jeunesse, des humeurs changeantes et chargées de passion, de défi, de tempête, de force, de violence, de rêverie et de véhémence que se place le dernier concert offert par l’Orchestre symphonique national libanais à l’église Saint-Joseph (USJ). Au pupitre, l’impétueuse baguette de Harout Fazlian. Programme absolument dans le registre du tempérament du maestro porté sur ce qui est fougueux et qui a du caractère. Au menu donc, rien que des pages de Beethoven. Magnifiques et somptueuses narrations d’un préromantisme orageux livrant avec éclat et fracas les méandres du destin entre héroïsme et lyrisme exacerbé. L’Ouverture de Coriolan en ut mineur (écrite en 1807) devait être le préambule, grave et majestueux, à tout un déferlement exclusivement beethovenien. Une œuvre dense et tragique célébrant, avec toute la pompe due à son rang, un général romain qui, au Ve siècle avant Jésus-Christ, pour se venger de l’ingratitude du sénat et de son exil dans le sud du Latium, voulut saccager Rome et ne céda qu’aux larmes de sa femme et de sa mère. Le ressentiment de Coriolan se manifeste en traits brefs entrecoupés de silence; un decrescendo conduit à un thème apaisant, évoquant les supplications affectueuses de Volumnie qui réussit à calmer la colère de son époux. Dramatique et absolument «shakespearienne» dans sa grandeur délirante et sa vibrante éloquence, cette ouverture, avec celles du Roi Étienne et les Ruines d’Athènes, révèle toute la beauté d’une écriture où se jouent en notes sublimes toutes les passions humaines dominées par la trahison, le doute et la mort. Devait succéder aux coléreux bouillonnements de Coriolan, le très lyrique Concerto n°4 pour piano et orchestre du génie de Bonn. Au clavier, en soliste, Walid Moussallem. Trois mouvements (allegro moderato, andante con moto et rondo vivace) pour traduire toute cette fastueuse partition où le piano déverse d’éclatantes coulées. D’ailleurs, fait inhabituel, c’est avec les premières mesures, douces et tendres des touches d’ivoire, que s’ouvre ce concerto aux impétuosités brillantes, imprévisibles et torrentielles. Restreignant un peu la partie orchestrale, Beethoven fait la part belle au soliste pour utiliser avec brio et panache toutes les ressources du clavier. D’une intensité vitale, foisonnante de détails mélodiques séduisants, illuminée des chromatismes nacrés, habitée d’un souffle échevelé, à la fois tourmenté et rêveur, oscillant entre puissance et tendresse, entre pénombre et lumière, entre lenteur et précipitation, entre sérénité et agitation, cette œuvre s’inscrit dans le sillage des concerti impérissables qui soulèvent l’enthousiasme. Après un bref entracte, voilà que le «destin frappe à la porte»… La 5e symphonie en ut mineur est là avec sa cellule rythmique qui la parcourt comme un véritable thème cyclique. Néanmoins, il flotte, par ailleurs, poésie diaphane, fluide et insaisissable, un certain esprit de Mozart... Des célèbres premières phrases de cette partition, le maître, déjà affaibli par la surdité et attristé par la solitude et l’isolement, confiait à juste titre à Schindler que «c’est ainsi que le destin frappe à la porte»… Et on le perçoit à travers cet allegro du début qui reprend sans arrêt le motif et le développe avec une étonnante ingéniosité. Quant à l’andante, il s’agit d’une série de variations où altos et violoncelles sont admirablement soutenus par les pizzicati des contrebasses. Le scherzo et le finale s’enchaînent insensiblement sans interruption tout en évoquant, tel un écho, le thème initial. Et c’est dans une apothéose que tout se conclut. D’une force orchestrale incontestable, cette œuvre est aussi bien entendu, par-delà toute beauté sonore, l’aveu d’une vie. Une vie de combat où rien n’a manqué, ni la passion, ni l’idéal, ni le doute, ni les certitudes sereines. Émouvant et intemporel message humain que Beethoven transmet avec une souveraine vigueur et une inébranlable détermination. Remplie jusqu’aux derniers rangs et dans les allées latérales, l’église Saint-Joseph a vibré, jusqu’à ses rosaces colorées et illuminées, sous les puissantes ondes sonores beethoveniennes, telle une imparable déferlante… Une standing ovation et pas de bis. Exténués mais tout aussi heureux que le public, musiciens et maestro ont gracieusement tiré la révérence. Edgar DAVIDIAN
Une fois de plus la passion est en jeu. C’est sous le signe de l’éternelle jeunesse, des humeurs changeantes et chargées de passion, de défi, de tempête, de force, de violence, de rêverie et de véhémence que se place le dernier concert offert par l’Orchestre symphonique national libanais à l’église Saint-Joseph (USJ). Au pupitre, l’impétueuse baguette de Harout Fazlian. Programme absolument dans le registre du tempérament du maestro porté sur ce qui est fougueux et qui a du caractère. Au menu donc, rien que des pages de Beethoven. Magnifiques et somptueuses narrations d’un préromantisme orageux livrant avec éclat et fracas les méandres du destin entre héroïsme et lyrisme exacerbé. L’Ouverture de Coriolan en ut mineur (écrite en 1807) devait être le préambule, grave et majestueux, à tout un ...