La cantine est bouclée, la cuisine gouvernementale terminée, la tablée assurée grâce aux ingrédients de l’ordinaire. L’attention du pouvoir se porte tout entière sur l’évolution des rapports entre les States et la Syrie. On sait que ces deux puissances, qui pèsent d’un poids considérable sur les destinées du Liban, sont actuellement à couteaux tirés. Plus exactement, les Américains livrent une sorte de guerre psychopolitique aux Syriens, manifestement pour les amener à faire des concessions, dans la perspective d’un règlement global. Le Moyen-Orient constitue le cadre, on le sait également, de nouvelles données régionales mais aussi internationales. Ce qui entraîne un mouvement diplomatique intensif de la part des Américains, des Arabes et des Européens. Les opérations dans ce domaine peuvent produire des effets d’une extrême importance. On attend ainsi la prochaine tournée de Colin Powell dans la contrée, surtout qu’il doit l’entamer par le plus gros morceau de l’heure, Damas. On attend de même de voir ce que va donner la conférence à Ryad des pays limitrophes de l’Irak, flanqués de l’Égypte. Ces États se rejoignent autour d’exigences communes : un gouvernement irakien légitime parce que représentatif, et la réduction de la durée de séjour des forces US dans le pays. Pour sa part, l’Europe martèle, ainsi que la Russie, le thème de la restitution à l’Onu du rôle de directeur de la reconstruction de l’Irak. Un souci poussé au point, assez paradoxal à première vue, de refuser la levée automatique des sanctions, demandée par Bush, sous prétexte qu’il faut d’abord en passer par une résolution de l’Onu. Quant à la Syrie, elle a présenté, toujours à l’Onu, un projet visant Israël et réclamant le nettoyage de toute la région des armes de destruction massive ou de l’arsenal nucléaire qu’on peut y trouver. Mais, bien évidemment, c’est à la visite de Powell en Syrie qu’on porte le plus d’intérêt à Beyrouth. Selon des diplomates, les États-Unis veulent d’abord, à court terme, que les pays voisins de l’Irak, plus particulièrement le trio concerné par la question kurde (Syrie-Turquie-Iran), soutiennent le nouveau régime qui verrait le jour à Bagdad, pour qu’il puisse bien démarrer. Washington souhaite que ces pays manifestent au moins une neutralité positive et n’encouragent pas les mouvements irakiens hostiles au nouveau gouvernement. Selon ces sources, le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouk el-Chareh, a bien cerné les objectifs US en déclarant que les menaces contre son pays « sont destinées à couvrir les difficultés et les complications auxquelles les États-Unis se trouvent confrontés en Irak ». Le président Bush a souligné qu’il attend la coopération de la Syrie. Et une porte-parole des AE syriennes a répondu, tranquillement, que Damas est prêt à coopérer avec Washington pour tout ce qui peut servir l’intérêt du peuple irakien. Ajoutant que les USA et la Syrie sont désireux d’engager un dialogue calme sur toutes les questions soulevées. Pour les mêmes sources diplomatiques, il est clair que les USA, comme ils l’ont d’ailleurs indiqué, n’ont pas de plan agressif dirigé contre la Syrie. Dès lors, ces professionnels s’attendent effectivement au dialogue calme évoqué par Damas. Ils répètent que ce qui compte vraiment pour les States, c’est de protéger le futur gouvernement irakien. Et de veiller à ce que, le cas échéant, nul de ses voisins ne tente d’exploiter les difficultés ou les échecs qu’il pourrait subir sur le plan intérieur. Plus précisément, ajoutent ces sources, les Américains s’inquiètent des actions que pourraient tenter ultérieurement des Irakiens saddamiens éventuellement réfugiés en Syrie. Washington a déjà ménagé la Turquie en ce qui concerne les Kurdes. Et il devrait, estiment ces diplomates, ouvrir une porte devant l’Iran concernant sa présence politique auprès des chiites d’Irak, qui doivent d’ailleurs participer au gouvernement en gestation. Toujours en ce qui concerne les relations syro-américaines, il est évident, par ailleurs, que Washington se soucie de la part syrienne dans le volet palestinien. C’est-à-dire qu’il se préoccupe des leaders palestiniens radicaux que la Syrie soutient et héberge. Les Américains veulent donc que la Syrie coopère pour faciliter le traitement du dossier palestinien. En rejoignant leur point de vue en ce qui concerne la définition du terrorisme, qui est leur problème numéro un après le 11 septembre. Ils réclament dès lors la neutralisation des organisations palestiniennes activistes, mais aussi du Hezbollah libanais. Mais, on le sait, la Syrie rejette l’amalgame entre le terrorisme et le droit de résistance. Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La cantine est bouclée, la cuisine gouvernementale terminée, la tablée assurée grâce aux ingrédients de l’ordinaire. L’attention du pouvoir se porte tout entière sur l’évolution des rapports entre les States et la Syrie. On sait que ces deux puissances, qui pèsent d’un poids considérable sur les destinées du Liban, sont actuellement à couteaux tirés. Plus exactement, les Américains livrent une sorte de guerre psychopolitique aux Syriens, manifestement pour les amener à faire des concessions, dans la perspective d’un règlement global. Le Moyen-Orient constitue le cadre, on le sait également, de nouvelles données régionales mais aussi internationales. Ce qui entraîne un mouvement diplomatique intensif de la part des Américains, des Arabes et des Européens. Les opérations dans ce domaine peuvent produire des...