Les Kurdes ont découvert hier au sud de Kirkouk (nord de l’Irak) ce qu’ils soupçonnent être un « charnier » à partir d’indices troublants, mais demandant encore à être confirmés. Le « charnier » ressemblerait en fait plutôt à un cimetière d’environ deux hectares constitué de 2 000 à 2 500 simples monticules de terre et d’une dizaine de tombes en béton, tous anonymes, qui renfermeraient autant de dépouilles, sinon plus. Selon l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), qui s’est emparée la semaine dernière de la ville historiquement kurde de Kirkouk, les tombes pourraient avoir été creusées pour les victimes de la campagne antikurde menée en 1988 par Saddam Hussein, que les Kurdes appellent « Anfal » et dont l’épisode le plus tragiquement connu est le gazage à l’arme chimique du village de Halabja (250 km au nord-est de Bagdad). Pour l’UPK, il pourrait s’agir du premier « charnier » découvert des victimes du régime baassiste. L’UPK, alertée par la population locale, est confortée dans ses soupçons par la localisation du « charnier » présumé, à une dizaine de kilomètres sur la route de Tikrit (180 km au nord de Bagdad), au fond d’une zone industrielle et surtout derrière un important camp militaire auquel les soldats seuls avaient accès, selon les témoignages. On arrive sur place par un chemin de terre cahoteux. Le camp a été visiblement dévasté par les frappes américaines et les carcasses de dizaines de chars et de véhicules militaires jalonnent la route traversant la zone industrielle, puis le chemin. Par ailleurs, ont rapporté des témoins, la première tombe fouillée a révélé le corps d’une femme civile au vu de ses vêtements, incitant à exclure l’hypothèse d’un cimetière militaire. Le cadavre, ont indiqué les mêmes témoins, a été exhumé par des soldats américains stationnés non loin de là. Seules deux tombes, vides à présent, semblent avoir été inspectées. Cependant, rien ne permet à l’œil nu de dater les sépultures présumées, alignées à intervalles réguliers. La présence d’une dizaine de tombes en béton intrigue également. Les Kurdes, majoritaires dans le nord de l’Irak, chiffrent à environ 180 000 le nombre de personnes tuées ou disparues et à quelque 4 500 celui des villages détruits lors d’« Anfal ». Kirkouk a durement souffert de la répression antikurde et de l’arabisation forcée menée par Saddam Hussein.
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