La France affiche sa volonté de pragmatisme dans la crise irakienne en mettant une sourdine à ses revendications sur le rôle central de l’Onu dans l’après-guerre, qu’elle croit de toute façon inévitable. Le président français Jacques Chirac a décroché mardi son téléphone pour renouer avec son homologue américain George W. Bush un dialogue interrompu depuis le 7 février, soit un mois et demi avant le début de la guerre en Irak. La veille au soir, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin avait lui aussi pris l’initiative d’appeler Washington pour s’entretenir avec le secrétaire d’État américain Colin Powell. Ces conversations se sont déroulées dans les deux cas dans un esprit « pragmatique », selon des sources officielles. Cette volonté avait déjà été affichée ce week-end par le chef de la diplomatie française à l’occasion d’une tournée au Moyen-Orient. Après la chute de Saddam Hussein à Bagdad, « nous sommes très désireux d’aborder cette nouvelle période dans un esprit pragmatique, constructif », affirmait ainsi dimanche à Ryad M. de Villepin aux côtés de son homologue saoudien Saoud al-Fayçal. Mais ce pragmatisme, nouveau mot d’ordre de la diplomatie française, laisse encore assez perplexe à Washington. « C’est un choix de mots intéressant », a déclaré à ce sujet le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, mais « je ne sais pas, littéralement, comment l’interpréter », a-t-il ajouté. À Paris, on explique que la France souhaite travailler « dossier par dossier » pour l’après-Saddam en Irak. Catherine Colonna, porte-parole de la présidence française, a cité le désarmement, la question des sanctions, celle du gouvernement intérimaire, des ressources pétrolières, de l’administration et de la reconstruction. « Dossier par dossier, il faudra trouver la bonne articulation entre le rôle des Nations unies, qui doit être le rôle essentiel, et les forces américaines et britanniques présentes sur le terrain », a-t-elle déclaré hier, en marge d’un sommet informel de l’Union européenne à Athènes. La diplomatie française, qui a jusqu’à présent surtout souligné la nécessité de donner un rôle « central » à l’Onu dans l’après-guerre en Irak, reconnaît aussi qu’il est indispensable d’assurer d’abord la « sécurisation » sur le terrain. C’est cette phase, placée sous l’entière responsabilité des forces de la coalition, que Paris entend mettre à profit pour calmer le jeu et avancer ses idées, a-t-on expliqué de source diplomatique. Sas de décompression C’est un « moyen de gagner du temps, un sas de décompression », qui va permettre de renouer les fils du dialogue, a-t-on expliqué de même source. Au nombre des idées à l’étude, on trouve celle défendue par le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan sur une « relation de travail » entre l’Onu et les « forces occupantes » dans laquelle il n’y aurait pas de subordination de la première aux secondes, indique-t-on au Quai d’Orsay. Ce retour progressif des Nations unies est inéluctable, juge Paris, pour qui la « complexité de la situation sur le terrain » et la nécessaire légitimité des futures institutions de l’Irak rendent indispensable de retrouver un cadre multilatéral. Car, « jusqu’à nouvel ordre, la démocratie, ça ne se décrète pas », assure un responsable diplomatique français. « Je n’ai pas l’ombre d’une inquiétude sur le fait que nous allons travailler tous ensemble », relevait récemment ce responsable. Car « c’est la réalité qui va imposer l’agenda en Irak », a-t-il ajouté.
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