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CARNET DE NUITS Lettre ouverte aux médecins qui croient en Satan

« Pratiquement toutes les personnes interrogées (un échantillon de toxicomanes en post-cure au centre de réhabilitation Oum el-Nour) sont marquées, du petit tatouage innocent au plus grand, avec des représentations sataniques ». C’est ce qu’avancent le dermatologue Élie Maalouf et le psychiatre Sami Richa, lors d’une conférence donnée dans un symposium de... dermatologie. Jeudi, 0h30. Une nuit sans sommeil, devant l’Internet. Un texte, jusqu’aux dernières lignes. J’ouvre Word et d’une traite j’écris : « Messieurs, Toxicos, tatouages, Satan : quel joli mélange. Au milieu d’un colloque médical, où des professionnels assermentés ont pris la parole, toutes les croyances du Moyen Âge ont resurgi, comme une fosse septique qui déborde. En une phrase. Oum el-Nour est devenu un haut lieu touristique où toutes les misères du pays s’expliquent. Un jeune homme se jette du 14e étage et boum, c’est un adepte de Satan, pendant que les flics et autres 112 s’éclatent en boîte plus que n’importe quel fêtard, en terrifiant des gamines qui fument des Marlboro. Et voilà-t-il pas qu’une poignée de blouses blanches s’y met. Trop facile. Trop drôle. Trop pathétique. Pouvez-vous m’expliquer ce que vient fabriquer Satan, cristallisation des peurs les plus irrationnelles et les plus dangereuses (cf. George W. Bush) dans un colloque médical (si mes souvenirs sont bons, un domaine profondément ancré dans l’expérimentation vingt fois remise sur le métier ?) Ces raccourcis sont inquiétants. Plutôt que de tournicoter autour du super-alibi Oum el-Nour et si vous avez peur que le ciel vous tombe sur la tête, vous feriez mieux de prendre le temps de parler à vos gosses, d’avoir le cran de leur expliquer pourquoi certaines personnes se sont crues plus fortes que les substances qu’elles consommaient, ou ce que certains ados ont fait de leur argent de poche, par bravade ou par ennui. Plutôt que des remarques de clocher sur le tatouage, vous feriez mieux de protéger vite, très vite, les écoles cossues, où évoluent vos enfants, des dealers qui traînent autour. Pour eux, une dose, c’est ce que maman prend quand papa rentre vraiment très tard le soir ou un truc comme un autre. Ça c’est grave, vous voyez. Vous feriez mieux d’agir, de prendre le taureau par les cornes. Messieurs, vous m’avez agacée. Croyante, humaniste et grande consommatrice de thé vert, je vous trouve tellement décevants que j’ai pris rendez-vous, pendant mon congé annuel à l’étranger, chez un excellent tatoueur. Vous voyez, il n’y a pas d’âge pour une bonne crise d’ado. Et si j’ai de l’acné, une chose est sûre, je saurai où aller me faire soigner. » Diala GEMAYEL
« Pratiquement toutes les personnes interrogées (un échantillon de toxicomanes en post-cure au centre de réhabilitation Oum el-Nour) sont marquées, du petit tatouage innocent au plus grand, avec des représentations sataniques ». C’est ce qu’avancent le dermatologue Élie Maalouf et le psychiatre Sami Richa, lors d’une conférence donnée dans un symposium de... dermatologie. Jeudi, 0h30. Une nuit sans sommeil, devant l’Internet. Un texte, jusqu’aux dernières lignes. J’ouvre Word et d’une traite j’écris : « Messieurs, Toxicos, tatouages, Satan : quel joli mélange. Au milieu d’un colloque médical, où des professionnels assermentés ont pris la parole, toutes les croyances du Moyen Âge ont resurgi, comme une fosse septique qui déborde. En une phrase. Oum el-Nour est devenu un haut lieu touristique où...