Être interprète à la Maison-Blanche durant cinq mandats présidentiels, c’est un peu vivre et travailler dans le secret des dieux – de la politique – quelquefois gendarmes du monde, de grands hommes, pour certains. Camille Naufal, sans en rien trahir le secret de ces dieux, a révélé les souvenirs de ses longues années où il a côtoyé les présidents Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon et Ford dans un livre intitulé « America’s Arabs Are Miserable Hostages. From Eisenhower to Ford ». Pour être un bon interprète, posséder une bonne connaissance des langues anglaise et arabe ne suffit pas. Il faut avoir le ton juste et l’aptitude. L’aptitude, on naît avec, ça ne s’acquiert pas », précise M. Camille Naufal avec un accent très américain et en anglais dans le texte. Mister Nowfel, comme ils disent là-bas, de passage au Liban pour la sortie de son livre, a acquis de ces années vécues dans le pays de toutes les possibilités un ton, une discrétion et une neutralité fort diplomatiques. Parti faire ses études en sciences politiques et possédant très bien la langue arabe, il a travaillé durant deux ans à la radio Voice of America, lui prêtant ses mots et attendant patiemment de franchir le « passage obligé » et acquérir la fameuse citoyenneté qui ouvre tous les sésames. « Lorsque j’ai obtenu ma nationalité américaine, j’ai pu enfin tenter ma chance au département d’État. » En pleine guerre froide, M. Naufal fait ses premiers pas dans la politique étrangère de la Maison-Blanche. Il sera pour les vingt-cinq années à venir l’homme de l’ombre, celui qui suit, trait d’union discrètement placé entre ces interlocuteurs ou juste derrière, lorsqu’ils étaient trop nombreux. « Il fallait aussi entretenir de bons rapports, être en bon rapport avec les personnes pour qui l’on travaille, le président mais également son hôte arabe, et être digne de confiance. Après les réunions, nous avons souvent dû affronter la presse et résumer en un mot – le mot juste – ce qui a été dit. » Des moments mémorables Camille Naufal sera aussi celui qui dégaine vite, pour traduire sur-le-champ et à vif ce qui se dit et ce qui se pense. « Un bon interprète doit aussi réussir à trouver, et rapidement, la substance, l’esprit et l’humeur. » Entretiens privés, politiques, enterrements, réceptions officielles, soirées mondaines et voyages, il était tout le temps présent, prêt à retranscrire au mieux les discours et les réflexions de ces grands hommes qui ont signé une partie de l’histoire. Les présidents, il s’en souvient en ces termes. « Kennedy était très charismatique, charmant et charmeur. Eisenhower aussi, mais en moins jeune et moins beau. Il était très difficile à suivre car il disait cinq phrases qui pouvaient très bien se résumer en une. Il tournait souvent autour du pot ! Nixon était très mal à l’aise avec les gens. Il n’était pas aimé, bien qu’il ait fait beaucoup en politique étrangère. C’était un interlocuteur direct et très bien articulé. Contrairement à Ford qui était lent, mais aimable. » Il y avait aussi les grands du monde arabe, Hassan II, Mohammed V, Habib Bourguiba, le roi Fayçal, Boumediene, Sultan Ben Abdel Aziz, les accords et les désaccords dont il parle longuement dans son livre. Des moments qui constituent aujourd’hui des pages de notre histoire, et auxquels viennent s’ajouter des chapitres plus sombres, comme la mort de John Kennedy. « Trois semaines avant son assassinat, j’étais dans cette même voiture. Trente ans plus tard, on a toujours envie de pleurer sa mort. » Le scandale du Watergate, la guerre civile au Liban, dont il a su garder la distance nécessaire pour pouvoir faire son job et dont il dit : « Malheureusement, chaque politicien expliquait la situation à sa manière. » Vingt ans, c’est ce qu’il lui a fallu attendre pour sortir son livre, rédigé en arabe, « la plupart des documents, classifiés, ont été déclassifiés petit à petit. Le seul de ces présidents encore vivant est Ford. Tous les documents concernant l’assassinat de Kennedy sont encore classifiés – et le resteront. De plus, il me semble que le timing actuel est propice, justifié par les évènements actuels ». Dans sa calme retraite à Washington où il réside toujours, M. Naufal a aujourd’hui le temps nécessaire pour se rappeler et apprécier une vie chargée de visages. Il ne dira rien de plus que ce qu’il a écrit. Et c’est déjà beaucoup. Carla HENOUD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Être interprète à la Maison-Blanche durant cinq mandats présidentiels, c’est un peu vivre et travailler dans le secret des dieux – de la politique – quelquefois gendarmes du monde, de grands hommes, pour certains. Camille Naufal, sans en rien trahir le secret de ces dieux, a révélé les souvenirs de ses longues années où il a côtoyé les présidents Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon et Ford dans un livre intitulé « America’s Arabs Are Miserable Hostages. From Eisenhower to Ford ». Pour être un bon interprète, posséder une bonne connaissance des langues anglaise et arabe ne suffit pas. Il faut avoir le ton juste et l’aptitude. L’aptitude, on naît avec, ça ne s’acquiert pas », précise M. Camille Naufal avec un accent très américain et en anglais dans le texte. Mister Nowfel, comme ils disent là-bas,...