Les forces de la coalition qui s’efforcent de gagner le cœur et la confiance des Irakiens commencent à comprendre que la distribution de nourriture et d’eau ne sera pas suffisante pour venir à bout de leur peur et de leur méfiance. Les premières aides ont commencé à être distribuées dans le sud de l’Irak, depuis la prise de contrôle du seul port en eaux profondes du pays, Oum Qasr, par les troupes britanniques et américaines. Toutefois, même dans ces régions du Sud qui éprouvent traditionnellement peu d’amour pour Saddam Hussein, les populations locales continuent de garder leurs distances avec les soldats de la coalition qui avaient refusé de se porter à leur secours lorsqu’elles s’étaient soulevées contre le président irakien à la fin de le guerre du Golfe, en 1991. Un convoi de camions transportant des milliers de repas a été accueilli mercredi par des dizaines d’Irakiens clamant leur soutien indéfectible à Saddam Hussein, à Safwan, ville proche de la frontière avec le Koweït. « Par notre sang et nos âmes, nous nous sacrifierons pour toi Saddam », a crié à l’unisson une trentaine de personnes. Un officier britannique a préféré observer de loin la foule se disputer les boîtes de repas qu’elle attrapait directement à l’arrière des camions. « Ils ne sont pas très enthousiastes de nous voir », a-t-il dit. Le président américain George W. Bush et le Premier ministre britannique Tony Blair ont affirmé que chasser Saddam Hussein du pouvoir allait permettre d’améliorer la vie des Irakiens qui avaient souffert des sanctions internationales imposées au régime de Bagdad depuis la libération du Koweït, en 1991. Mais un médecin irakien, participant à la coordination de la distribution des vivres et médicaments à Oum Qasr, a souligné que si la population acceptait l’aide apportée, cela ne signifiait pas qu’elle avait fait allégeance aux Américains. « Nous avons toujours un chef et un pays », a-t-il déclaré. Le général Michael Jackson, le chef d’état-major britannique, a admis que ses troupes luttaient pour gagner la confiance de la population à Bassora, la grande ville du sud du pays, qui les considère comme « d’étranges créatures venues d’une autre planète ». Des responsables du Croissant-Rouge ont mis en garde les forces américano-britanniques contre l’espoir de voir les Irakiens les accueillir à bras ouverts, alors qu’ils craignent toujours Saddam Hussein qui dirige le pays d’une main de fer depuis 24 ans. « La grande majorité des Irakiens n’a rien connu d’autre que la peur et est encore effrayée », a déclaré le général Jackson. Les promoteurs américains de la guerre font valoir la nécessité d’apporter une aide parallèlement à la poursuite des combats, mais ils ont souvent échoué à réaliser cet objectif. Ainsi, si les États-Unis sont le plus grand fournisseur d’aide à l’Afghanistan, depuis leur campagne victorieuse pour chasser les talibans du pouvoir, le budget humanitaire alloué à ce pays est amputé du fait du maintien de milliers de soldats sur son sol. Le porte-parole britannique, le colonel Chris Vernon, a, lui, clairement signifié qu’il ne laisserait pas les aspects humanitaires prévaloir sur la stratégie militaire arrêtée pour prendre le contrôle de Bassora. Alors que les besoins en eau potable de la ville ne pourraient être assurés qu’à 40 % durant le siège de la ville par les forces britanniques, le colonel Vernon a déclaré que la coalition n’était « pas pressée » d’y entrer.
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