Au lendemain du premier attentat-suicide qui a visé l’armée américaine en Irak, les militaires de la coalition cherchaient hier la parade, alors que les Irakiens promettaient de multiplier ce genre d’attaques et de les porter chez l’ennemi même. Quatre soldats américains de la 3e division d’infanterie (3ID) ont été tués par l’explosion d’une voiture piégée qui s’était arrêtée à un barrage installé sur une route au nord de Najaf (150 km au sud de Bagdad). Le conducteur de la voiture a également été tué. Lors d’une conférence de presse dimanche à Qatar, le commandant de la guerre en Irak, le général Tommy Franks, a indiqué que les troupes engagées dans l’offensive en Irak allaient renforcer leur vigilance face aux risques d’attentats-suicide. Dénonçant « de pures méthodes terroristes », il a déclaré que les troupes américaines sur le terrain « allaient exercer une vigilance supplémentaire » face à la menace de telles actions, sans préciser quels moyens seraient mis en œuvre. Il a cependant évoqué des « mesures de bon sens » citant par exemple le fait de faire arrêter les voitures à distance et d’en faire descendre les occupants avant d’approcher. Dimanche, des ordres ont été donnés pour un renforcement des mesures de sécurité sur les positions de la 3ID, selon des officiers. L’auteur de l’attentat-suicide de samedi est un officier de l’armée irakienne qui a voulu donner « une leçon » aux troupes américaines, selon la télévision d’État irakienne, qui a affirmé que le bilan était de 11 morts américains. Selon la télévision, le président Saddam Hussein a décidé d’attribuer « au combattant martyr » deux des plus hautes distinctions militaires irakiennes à titre posthume. Le porte-parole de l’armée irakienne, le général Hazem al-Rawi, a affirmé dimanche que de nouveaux attentats-suicide seraient commis contre les forces américano-britanniques par des Irakiens et des volontaires arabes. « Il n’est pas étonnant qu’un régime à l’agonie entreprenne de telles actions, mais il est remarquable que ce soient les dirigeants au sommet qui en prennent la responsabilité », a réagi le général Franks. Vendredi, le chef de l’Association des ulémas irakiens, cheikh Abdel Karim al-Moudarress, a prononcé une fatwa (décret religieux) appelant les Irakiens au jihad (guerre sainte) contre les forces américano-britanniques. Le commandement central américain (Centcom) a estimé que l’attentat de samedi ne freinerait pas le déroulement de la campagne en Irak, mais a reconnu être « préoccupé par les attaques non conventionnelles ». La coalition anglo-américaine accuse régulièrement les Irakiens d’employer des méthodes « terroristes », notamment l’utilisation des populations civiles comme « boucliers humains » et les « ruses » et les embuscades de combattants habillés en civil. Elle affirme également craindre des attaques chimiques. « Je pense que nous pouvons adapter nos tactiques et nos techniques afin de surmonter cette menace », a affirmé de son côté dimanche le chef d’état-major interarmes américain, le général Richard Myers. Sur le terrain et au Centcom, des officiers avaient indiqué avant même l’attentat de samedi que les tactiques de guérilla adoptées par les Irakiens les conduisaient à se méfier nettement plus des civils, ce qui risque de nuire à la campagne de conquête « des cœurs et des esprits » qu’Américains et Britanniques espéraient mener dans le pays. L’armée irakienne aurait visionné « La chute du faucon noir » Les dirigeants de l’armée irakienne ont fait circuler avant la guerre des copies du film La chute du faucon noir, sur la déroute de l’armée américaine en Somalie, afin de s’en inspirer pour battre les États-Unis, estiment des responsables américains, selon l’hebdomadaire Time. Ce film de Ridley Scott, avec notamment Josh Hartnett et Ewan McGregor, raconte l’histoire de 18 soldats commandos américains tués par des Somaliens en tentant de secourir leurs camarades rescapés de deux hélicoptères abattus à Mogadiscio en 1993. Ce fiasco avait conduit les États-Unis à abandonner leurs opérations militaires en Somalie. « Les Irakiens espèrent probablement que des scènes semblables d’Américains ensanglantés dans les rues de Bagdad aboutiront au même résultat », selon l’article de Time. Les unités américaines de renfort : puissantes et dernier cri Washington va déployer dans le Golfe certaines des unités militaires les plus puissantes et les plus modernes, alors que le Pentagone est critiqué pour n’avoir pas initialement aligné des forces suffisantes pour conclure rapidement la guerre en Irak. Le Pentagone a souligné jeudi que 120 000 militaires supplémentaires étaient prêts à quitter leurs bases aux États-Unis et en Europe pour rejoindre la région, où se trouvent déjà plus de 250 000 soldats américains et britanniques, dont près de 100 000 sur le terrain. La première unité à arriver sur le théâtre d’opérations devrait être la 4e division d’infanterie mécanisée, équipée des tout derniers modèles de chars Abrams, des véhicules blindés Bradley et d’hélicoptères d’attaque Apache Longbow. Elle devrait être suivie par la 1re division blindée, actuellement en Allemagne, la 1re division de cavalerie et des 2e et 3e régiments de cavalerie, des unités équipées de blindés lourds. L’annonce de ces déploiements, qui, selon l’Administration américaine, ont été décidés bien avant le début du conflit, intervient alors que les premières voix sur le terrain se sont jointes aux critiques des analystes militaires sur la stratégie du Pentagone. « L’Administration Bush a mal analysé les Irakiens », estimait cette semaine le New York Times, critiquant un plan de bataille qui tablait selon le quotidien sur un effondrement de toute résistance, excepté dans la capitale. Le déploiement effectif de la 4e division pourrait prendre des semaines, mais les troupes se disaient impatientes de prouver sur le champ de bataille l’efficacité de leurs équipements dernier cri. « Le moral reste bon. On a regardé les événements à la télévision et nous sommes impatients d’arriver pour aider nos frères d’armes », a expliqué le capitaine Russell Corwin, un artilleur de la division. « Il n’y a pas de va-t-en guerre ici, mais si ça doit venir, on veut y aller car on a confiance en nous, en notre équipement et en nos commandants », poursuit-il. Cette division, qui compte quelque 12 000 soldats, devait, selon les plans initiaux, ouvrir le « front nord », pénétrant en Irak depuis la Turquie. Mais le refus du Parlement turc a conduit à réviser en catastrophe son emploi. Mi-mars, une carte du Nord irakien trônait encore sur les murs de son QG à Fort Hood, au Texas, des flèches marquant la progression prévue des différentes unités. Maintenant, les missions de la 4e division sont peu claires et elle pourrait aussi bien se retrouver engagée dans le siège de Bagdad qu’à la sécurisation des lignes de ravitaillement, voire le maintien de la paix si le conflit s’achève. « Si l’Irak capitule pour une raison quelconque et que nous n’allons pas en guerre, ça me convient parfaitement », assurait récemment à des journalistes le général Ray Odierno, commandant de la 4e division. Depuis le milieu des années 1990, cette division est engagée dans un projet baptisé « expérience de combat avancé », testant les derniers équipements et moyens de communication digitaux. Les forces spéciales s’installent discrètement dans l’Ouest irakien Alors que l’attention du monde est concentrée sur l’avancée des troupes américaines depuis le sud de l’Irak vers Bagdad, les forces spéciales américaines ont discrètement pris pied dans l’ouest du pays en y installant des pistes d’atterrissage et d’autres bases. Les médias, présents en force dans le Sud, ont été tenus à l’écart de l’ouest du pays et les responsables militaires ont en outre été peu diserts sur les opérations militaires qui s’y déroulent. Le commandement central américain a toutefois révélé que des forces spéciales avaient attaqué de nuit vendredi une base des commandos irakiens dans l’ouest du pays. Le lieu de l’attaque n’a pas été précisé. Très peu peuplé, le désert de l’Ouest irakien est un objectif-clé depuis le début de la guerre, en partie parce que l’Irak a utilisé cette région pour lancer des missiles Scud contre Israël et l’Arabie saoudite durant la guerre du Golfe en 1991. Cette fois-ci, le commandement américain a concentré une partie de ses efforts sur cette zone car une attaque de missiles provoquerait probablement des représailles de la part d’Israël, une complication que Washington est décidé à éviter. « D’une certaine façon, nous avons retiré au régime de Saddam Hussein l’usage de l’Ouest irakien. Nous le faisons avec de très petits effectifs appuyés par des forces aériennes et les services de renseignements », a affirmé le général Stanley McChrystal, membre de l’état-major interarmées américain. Bien qu’il implique des unités de commandos plus réduites, l’Ouest n’est pas moins actif que le Sud, selon le Pentagone. Depuis le début de la guerre, les forces spéciales se sont assuré le contrôle d’au moins deux bases aériennes dans l’ouest irakien, baptisées H-3 et H-2. Les États-Unis ont à plusieurs reprises déclaré leur intention d’exercer une pression militaire sur Bagdad depuis toutes les directions: le Sud, le Nord et l’Ouest. Mais les porte-parole militaires se sont jusque-là refusés à indiquer si ces bases aériennes avaient été utilisées pour organiser des opérations aériennes dans l’Ouest ou comme point d’entrée en Irak de nouvelles troupes terrestres.
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