Les récents propos au Safir du président Assad sur les chrétiens d’Orient, et plus particulièrement du Liban, sont abondamment, et plutôt élogieusement, commentés à Beyrouth. Cependant, certains n’y voient que la confirmation de positions anciennes, exprimées sans doute cette fois d’une manière plus ouverte sinon plus claire. Les observateurs relèvent dans le discours politique du chef de l’État, en y ajoutant des remarques, les éléments suivants : – « Le modèle des relations libano-syriennes n’est pas encore parfait et comporte toujours des failles. C’est normal, dans tout rapport faussé. Avec les meilleurs États, nos relations comportent des défauts, mais nous nous sommes fixés un modèle. Laissez-moi dire (qu’avec le Liban), le meilleur côté est la coordination dans le domaine intérieur ou extérieur. Le plus important, c’est que la franchise règne et que le verbe échangé soit clair. La relation ne peut se parfaire que dans de telles conditions, non en se trouvant bâtie sur de la complaisance et des effusions de pure courtoisie. » Ce constat est apprécié à Beyrouth, mais on peut tout de suite demander, pourquoi la correction de trajectoire tarde à venir, après tant d’années. Qui est donc responsable de la perpétuation des failles ? En outre, la coordination, qualifiée de meilleur côté, est indéniable. Mais ne se fonde pas sur la franchise et la clarté du propos prônées par le chef de l’État syrien. Quand donc va-t-on y remédier ? – « On ne peut empêcher des gens de parler au nom de la Syrie. Du reste, c’est là une question libanaise et non syrienne. Car ce sont des Libanais qui parlent au nom de la Syrie. Celui qui leur permet de dévier est au Liban, le responsable est au Liban, pas en Syrie. Les limites de ma responsabilité sont les frontières syriennes. La question de la guerre civile par le passé, la question israélienne jadis et maintenant commandent tout rapport avec le Liban. Les relations avec ce pays ne doivent pas être régies par des considérations d’ordre personnel, comme cela se produit. En outre, s’il y a des fautes dans ces deux axes, elles sont personnelles, qu’elles émanent de la Syrie ou du Liban. Nous souhaitons dissocier la relation politico-stratégique d’un côté et la pratique d’un autre côté. » On relève, sur ce point, qu’il faut interdire aux proches de la Syrie de parler en son nom, car ils lui font du tort auprès d’autres Libanais. Qui ne peuvent vérifier qu’après un certain temps, après que le mal eut été fait, le bien-fondé des dires avancés par les soi-disant porte-parole. Comment empêcher ce travers ? En refusant de recevoir ces hérauts autoproclamés. Il reste important que le chef de l’État syrien ait souligné que les limites de sa responsabilité s’arrêtent aux frontières de son propre pays. Et aussi, que les relations avec le Liban ne doivent pas se fonder sur des considérations d’ordre personnel. – « Certains attribuent la responsabilité à la Syrie... (sous-entendu, cela n’est pas exact). Cela ne signifie pas que la Syrie n’est pas présente et n’a pas un rôle à jouer. Mais si quelqu’un veut marcher et vous demande de l’aide, vous pouvez la lui donner, mais vous ne pouvez pas marcher à sa place. Il faut qu’il se mette debout, pour que vous le souteniez, non qu’il reste assis. Quoi qu’il puisse se passer au Liban, que la Syrie y agisse justement ou à tort, cela reste la responsabilité d’une personne libanaise. Quand on parle de corruption, nous demandons : est-il possible à un Syrien de s’y livrer au Liban s’il ne s’y trouve pas un complice libanais ? L’on aura beau lui imputer la faute, ou à un autre État, si les Libanais n’ont pas sérieusement l’intention de résoudre leurs problèmes, la Syrie ne peut rien faire. Quand le président Lahoud a proclamé son discours d’investiture, ils (des Libanais) ont été contre. Ils ont voulu que l’État applique ces dispositions à d’autres, mais pas à eux. Certains se considèrent au-dessus de l’État. Il reste que le rôle de la Syrie suit les réalités libanaises et ne peut les créer. En tant que Syrie, nous traitons avec le Liban au niveau des institutions. Au Liban, beaucoup de choses revêtent un caractère individuel, confessionnel ou familial. » Il est très important que le président syrien évoque la question de l’assistance à la marche. Il est vrai que la béquille ne peut se substituer au marcheur. Mais ce dernier, qui donc l’a choisi ? La faute commence, à la base, par l’inexistence répétée d’une loi électorale juste, équilibrée, assurant une vraie représentation de toutes les composantes du paysage sociopolitique libanais. On se demande qui est responsable de cette dérive fondamentale, qui parachute des députés et envoie ses bus, ou ses rouleaux compresseurs, au Parlement comme au gouvernement. Ou encore dans les postes-clés de l’Administration, truffée de gens qui ne peuvent pas marcher. Si le peuple libanais avait la liberté de choix, il en serait alors tenu pour responsable et ne pourrait s’en prendre qu’à lui-même en cas d’erreur. Quitte à corriger le tir à la prochaine édition électorale. Il est également important que le président syrien évoque la complicité libanaise dans la corruption entreprise par un Syrien. Mais qui est donc responsable de l’impunité dont bénéficient tous les pourris, ne sont-ce pas les gens au pouvoir mais également ceux qui les soutiennent ? Il est par ailleurs notable que le président Assad critique les gens qui se sont dressés contre le programme du président Lahoud. Mais qui sont-ils au juste ? Pourquoi ne les a-t-on pas contrés, pour les contraindre à appliquer le discours, sous peine de se voir largués ou isolés ? L’édification d’un État de droit et des institutions ne peut pas se faire à l’amiable, mais en imposant le règne de la loi. La réalité libanaise est changeante. Il est faux de dire que l’on a les dirigeants que l’on mérite, quand le peuple ne les a pas librement choisis. – « En traitant le sujet arabe, Bkerké a lancé à ses fidèles un message qui peut se résumer de la sorte : “Vous faites partie intégrante de cette région, de son tissu social, vous n’en êtes pas dissociés mais liés par ses causes.” Ce message est lancé aux maronites non pas à propos d’une question concernant cette communauté en tant que telle, mais au sujet d’une cause nationale et pan-nationale intéressant tout citoyen arabe. Quand cette communauté se lie à toutes les causes arabes, elle conforte sa position non seulement dans le cadre de Bkerké, de la montagne, du Liban ou de la Syrie, mais également au niveau du monde arabe. » Ces propos sur Bkerké, sur ses positions concordantes avec les vues du président Assad, nécessitent, selon des sources politiques, une démarche avancée, concrète, pour promouvoir un axe Bkerké-Damas-Baabda. Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les récents propos au Safir du président Assad sur les chrétiens d’Orient, et plus particulièrement du Liban, sont abondamment, et plutôt élogieusement, commentés à Beyrouth. Cependant, certains n’y voient que la confirmation de positions anciennes, exprimées sans doute cette fois d’une manière plus ouverte sinon plus claire. Les observateurs relèvent dans le discours politique du chef de l’État, en y ajoutant des remarques, les éléments suivants : – « Le modèle des relations libano-syriennes n’est pas encore parfait et comporte toujours des failles. C’est normal, dans tout rapport faussé. Avec les meilleurs États, nos relations comportent des défauts, mais nous nous sommes fixés un modèle. Laissez-moi dire (qu’avec le Liban), le meilleur côté est la coordination dans le domaine intérieur ou...