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Les Américains sur les traces des Mongols, premiers envahisseurs de Bagdad

Si Bagdad tombait demain, plus de sept siècles après les Mongols, aux mains des Américains, ce serait la première occupation d’une capitale arabe par une armée occidentale depuis la fin de l’ère coloniale. « Une occupation américaine de Bagdad serait une première après l’invasion de l’ancien siège du califat par le Mongol, Hulagu, un petit-fils du terrible Gengis Khan, le 10 février 1258 », souligne Ahmed Kédidi, historien et penseur tunisien. « Les Mongols s’y sont livrés à des massacres et y ont incendié Beit al-Hikma (la maison de la sagesse), fief de la connaissance et véritable laboratoire des lettres, des arts et des sciences », raconte M. Kédidi. « Si demain Bagdad passe sous le règne d’un calife américain, comme Tommy Franks, ce sera un énorme choc pour la conscience des Arabes et des musulmans, Bagdad étant l’ancienne capitale de l’islam », estime-t-il. L’Administration américaine a plusieurs fois exprimé l’intention d’installer à la tête de l’Irak un commandement militaire. Le nom du chef du commandement central américain (Centcom), le général Tommy Franks, avait notamment été avancé. L’analyste politique et rédacteur en chef du journal égyptien al-Chaab, Talaat Roumaih, rappelle qu’« al-Qods (Jérusalem) est toujours sous occupation sioniste » et que « Beyrouth a été envahie en 1982 par les troupes israéliennes ». « Mais cette fois, les occupants seront des Américains, au moment où le monde arabe et musulman est électrisé par la fièvre islamiste ». « Une occupation de Bagdad provoquera un raz-de-marée islamiste et une large confrontation avec les États-Unis et la Grande-Bretagne », estime M. Roumaih. Pour le professeur de sciences politiques à l’Université du Qatar, Mohammed el-Mesfer, « les États-Unis finiront certes par occuper Bagdad après des bains de sang, mais les Irakiens ne baisseront pas les bras et poursuivront leur résistance ». M. Mesfer est persuadé qu’une occupation de l’Irak est « un prélude à des changements des régimes dans la région, en particulier l’Arabie saoudite, accusée d’être un foyer de l’extrémisme, et la Syrie, qui abrite de nombreux groupes palestiniens radicaux ». « L’occupation d’une capitale arabe aussi prestigieuse que Bagdad ébranlera les régimes arabes, à moyen ou à long terme », renchérit Iyad Abou Chaqra, un analyste politique au quotidien saoudien al-Charq al-Awsat. Jamal Abdel Jawad, du Centre d’études stratégiques à al-Ahram, en Égypte, est plus nuancé. « S’ils occupent Bagdad, sans effusion de sang parmi les civils, les Américains pourraient être accueillis en libérateurs qui auront éliminé un régime dictatorial », estime-t-il. « Mais, si les Américains échouent à normaliser la situation, ils ne feront qu’afghaniser l’Irak qui deviendrait, à moyen ou long terme, le fief de volontaires islamistes arabes et musulmans », poursuit-il. « Dans ce cas, la résistance aux envahisseurs américains sera plus violente que celle aux ex-Soviétiques en Afghanistan, Bagdad étant chère au cœur du monde arabe. La lutte pourra alors déborder et sonner le glas à bon nombre de régimes arabes », avertit M. Abdel Jawad. Me Mohammed al-Roqn, avocat, conseiller juridique et analyste politique à Dubaï, est aussi nuancé. « L’occupation d’une capitale arabe qui représente un symbole pour le monde musulman sera certes ressentie comme une atteinte aux sentiments des musulmans. C’est pourquoi, les Américains ne manqueront pas de diffuser sur leurs médias des images d’Irakiens les accueillant en libérateurs. » « Mais si leur occupation perdure, ils confirmeront l’idée très répandue dans le monde arabo-musulman, qu’ils cherchent seulement à piller les richesses de la région et à avilir la nation », dit-il.
Si Bagdad tombait demain, plus de sept siècles après les Mongols, aux mains des Américains, ce serait la première occupation d’une capitale arabe par une armée occidentale depuis la fin de l’ère coloniale. « Une occupation américaine de Bagdad serait une première après l’invasion de l’ancien siège du califat par le Mongol, Hulagu, un petit-fils du terrible Gengis Khan, le 10 février 1258 », souligne Ahmed Kédidi, historien et penseur tunisien. « Les Mongols s’y sont livrés à des massacres et y ont incendié Beit al-Hikma (la maison de la sagesse), fief de la connaissance et véritable laboratoire des lettres, des arts et des sciences », raconte M. Kédidi. « Si demain Bagdad passe sous le règne d’un calife américain, comme Tommy Franks, ce sera un énorme choc pour la conscience des Arabes et des...