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CONCERT - À l’amphithéâtre Aboukhater (USJ) Trio piano, violon, violoncelle, Rachmaninov, passionnément

Tandis que les bombes pleuvaient sur Bagdad, quelques mélomanes s’étaient groupés, préoccupés et graves, autour de la scène de l’amphithéâtre Aboukhater (USJ) pour écouter, dans un concert de musique de chambre, une œuvre de Rachmaninov. Soirée un peu particulière où le cœur n’y était pas vraiment et où la musique semblait un antidote à la folie des hommes et au souffle insensé de la guerre. Et curieusement, c’était une soirée-hommage de l’un des compositeurs les plus brillants (et aussi un éblouissant pianiste virtuose) de notre époque à un de ses aînés non moins brillant. De Rachmaninov à Tchaïkovski, deux géants de la musique russe voués et liés au même élan d’un romantisme souvent débridé, sans oublier l’appel du sang slave ni l’appartenance à la terre des datchas, le Trio élégiaque n°2 où, avec lyrisme et passion, l’élève verse son tribut au maître. Né en 1973 près de Novgorod, formé au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et ayant travaillé le clavier avec Siloti, ancien élève de Lizst, Rachmaninov dédie cette partition vibrante et ample, frémissante de poésie et baignant parfois dans une lumière diffuse, tout à fait dans l’esprit russe, au compositeur le plus cosmopolite du pays des tsars : Petr Ilitch Tchaïkovski. Présentés par le Conservatoire national supérieur de musique, trois musiciens sous les spots de la scène. Un trio familier de notre paysage musical beyrouthin par ses prestations remarquées : au piano Olga Bolun, au violon Cristina Maria-Pirlea et au violoncelle Roman Storojenco. Trois mouvements (moderato, quasi variazone et allegro risoluto) pour dire toute l’admiration fervente et probablement la sympathie et fraternité de création de celui qui est mort à Bervely Hills, en Californie, au compositeur le plus inspiré qui fut emporté par le choléra en 1893. Images sonores somptueuses et narration ardente en mémoire de celui qui donna, entre autres, au ballet ses nouvelles lettres de noblesse et qui fait l’enchantement encore par son Casse-Noisette ou son Lac des cygnes. Premiers accords majestueux et lents au clavier, suivis par un violoncelle aux plaintes vives, vite rejoint par un violon au lyrisme soutenu. Et se déploie cette mélodie grandiose tel un paysage solitaire russe. Narration magnifique, donnant avec lyrisme et effusion tous les feux de la duplicité, des tourmentes et des souffrances de Tchaïkovski tout en faisant la part de lumière sur un être au génie musical incomparable. Éruptive, d’une mélancolie princière, véhémente, cette œuvre aux multiples facettes joint avec brio les torrents tumultueux de la vie et la face cachée et noire de la mort. Éros et Thananos se livrent un combat sans merci dans cette partition incandescente et émouvante comme un cri du cœur, même si parfois certains effets sont grandiloquents. En un flux et reflux incessant, tel l’infini mouvement des vagues dans une mer tantôt calme, tantôt déchaînée, la voix de Rachmaninov retentit avec force et détermination pour évoquer le souvenir de Tchaïkovski, à la fois puissant et frêle, résistant et vulnérable, mais surtout incroyablement perdu dans les dédales de ses sentiments complexes et confus. Un beau témoignage et une partition splendide, avec des accents alternant douce rêverie, aspirations éthérées, descente aux enfers et aveux impossibles. Part belle aux trois instruments dont toutes les ressources sont exploitées avec originalité mais une fois les dernières notes éteintes, que reste-t-il dans nos oreilles encore bourdonnantes de tant de beautés ? Ces insaisissables coulées d’un piano constamment aux aguets, ces vibratos d’un violon qui n’en finit plus de nous conduire de rive en rive, ou ces sonorités profondes d’un violoncelle à l’archet surprenant ? Autant d’interrogations qui resteront sans réponses, comme l’énigme d’une vie. Edgar DAVIDIAN
Tandis que les bombes pleuvaient sur Bagdad, quelques mélomanes s’étaient groupés, préoccupés et graves, autour de la scène de l’amphithéâtre Aboukhater (USJ) pour écouter, dans un concert de musique de chambre, une œuvre de Rachmaninov. Soirée un peu particulière où le cœur n’y était pas vraiment et où la musique semblait un antidote à la folie des hommes et au souffle insensé de la guerre. Et curieusement, c’était une soirée-hommage de l’un des compositeurs les plus brillants (et aussi un éblouissant pianiste virtuose) de notre époque à un de ses aînés non moins brillant. De Rachmaninov à Tchaïkovski, deux géants de la musique russe voués et liés au même élan d’un romantisme souvent débridé, sans oublier l’appel du sang slave ni l’appartenance à la terre des datchas, le Trio...